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MN prend la marge et revient en septembre


Dawn of Justice

Dawn of Justice

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Nous y voilà enfin!

Depuis le 23 mars 2016, le DC Extended Universe (DCU) est définitivement lancé avec la sortie de "Batman VS Superman : Dawn of Justice".

 

Faisant directement suite au "Man of Steel", premier opus centré sur Superman sorti en 2013, ce film est de nouveau réalisé par Zack Snyder

Plusieurs autres acteurs du précédent opus reprennent leurs rôles : Henry Cavill retrouve la cape de Superman, Jess Eisenberg campe Lex Luthor, Amy Adams la journaliste Loïs Lane, Diane Lane est Martha Kent, et Laurence Fishburne reprend le costume de Perry White, le patron du Daily Planet.

Comme annoncé dans les bandes-annonces, deux autres super-héros de DC Comics partagent l'écran avec l'homme d'acier à savoir Batman campé par Ben Affleck et Wonder Woman interprétée par Gal Gadot.

Mise en place d'un univers étendu oblige, "Dawn of Justice" est l'occasion pour Warner, Sony et DC de poser les premiers jalons du futur diptyque "Justice League" prévu pour 2017 et 2019. Une courte, mais efficace, séquence introduit les protagonistes de futures productions du DCU : Jason Momoa incarne le roi de l'Atlantide Aquaman/Arthur Curry, Ray Fisher se glisse dans l'armure cybernétique de Cyborg/Victor Stone, et Ezra Miller remplace Grant Gustin comme Flash/Barry Allen.

Enfin, une multitude de seconds rôles des comics apparaissent dans le film : Thomas et Martha Wayne, Jonathan Kent, Mercy Graves, Anatoli Knyazev/KGBeast, Barbara Gordan. Retenons dans cette partie la présence de Jérémy Irons en Alfred Pennyworth et Michael Shannon en Zod/un rôle surprise.

 

Ainsi donc, que raconte ce "Dawn of Justice" ? Rien de moins que l'opposition des deux plus grandes icônes de l'univers des DC Comics : Batman et Superman.

Le film commence peu ou prou là où "Man of Steel" nous avait laissé avec le combat titanesque entre l'homme d'acier et le Général Zod. Métropolis et le monde découvre à ce moment le potentiel des Kryptoniens alors que les deux opposants dévastent la mégalopole à grands renforts d'uppercuts et de rayons oculaires.

Au sol, les habitants assistent tels des spectateurs impuissants à la destruction engendrée par l'affrontement, ainsi qu'aux dommages collatéraux infligés aux immeubles et à leurs occupants.

Parmi la foule, le milliardaire Bruce Wayne réalise avec effroi les capacités quasi sans limite de Superman et le danger hypothétique que ce dernier peut représenter pour la Terre.

A partir de ce constat, jumelé au traumatisme hérité du meurtre de ses parents, le Chevalier noir de Gotham va se lancer dans une croisade personnelle afin de juguler Superman, tandis que les États-Unis (éternels représentants de l'Humanité) s'interrogent sur les motivations et la légitimité du Kryptonien.

Cependant, dans l'ombre, une menace grandit insidieusement et menace à la fois Gotham, Métropolis et la planète…

 

Après une première amorce avec "Man of Steel", qui a prouvé qu'une large partie du public des cinémas n'avait rien compris au personnage de Superman, à l'instar des margoulins coupables de Superman 2, Zack Snyder explore enfin les conséquences des actes des super-héros dotés de capacités quasi divines et capables de tout déboiter d'une simple pichenette.

Dans son aspect général, le film oscille entre l'excellent, l'épique et le confus de narration. Il s'agit de la première pierre d'un univers global interconnecté et cohérent dont on ressent qu'il a vécu avant les événements présentés dans le film. Des super-héros existent et se battent pour leurs idéaux, Bruce Wayne a déjà 20 ans de Batman derrière lui, Wonder Woman combat depuis un siècle, et de nombreux indices sont disséminés afin de préparer aux prochaines productions.

 

D'un point de vue esthétique, Zack Snyder et son équipe ont compris et retranscrivent avec brio l'environnement dantesque peuplant les pages des comics. Certaines séquences se transcendent par un sentiment de puissance, notamment dans le combat de fin contre Doomsday qui cloue littéralement à son siège le spectateur.

Les effets spéciaux restituent un rendu immersif pour les environnements et les éléments générés. Le seul couac survient lors de la première apparition de Doomsday à l'écran, qui présente alors un aspect plus proche de celui du Troll des Cavernes que de celui d'une créature hybride venant de l'espace.

Un thème central hante de bout en bout le film : les archétypes et parallèles entre la vénération au cœur des multiples religions de la Terre et la vénération de certains groupes d'individus à l'égard de personnages dotés  de capacités semblant sans limite. Une image picturale très intéressante occupe dans ce sens une large proportion du film et pose à plusieurs reprises la question de l'inversement des standards psychologiques et culturelles des sociétés humaines. Il est cependant à regretter que si l'idée de base est fortement intéressante, sa surexploitation peut finir par lasser à partir d'un certain moment du film.

 

Outre les apparitions plus ou moins importantes des futurs protagonistes des films hors Justice League (Batman, Wonder Woman, Cyborg, Flash et Aquaman), de nombreux indices sont disséminés au détour du métrage. On retrouvera par exemple des allusions au Joker et à un certain idéal politique en préparation de "Suicide Squad", ou encore des réminiscences d'Apocalypse laissant suggérer l'orientation vers une future menace néo-divine.

Il est cependant à noter que quelques connaissances de l'environnement des comics de DC peuvent aider au bon suivi de l'histoire. En effet, plusieurs intrigues vont s'entrecroiser au cours des 2H30 de film, si une lacune sur les histoires originelles ou le non-visionnage de "Man of Steel" ne gâche pas ce "Dawn of Justice", le spectateur lambda peut être parfois confronté à une désagréable interrogation concernant certains éléments du film.

La faute en revient probablement au retard pris par Warner et DC sur Disney et Marvel quant à la construction de leurs univers étendu respectif. Respectant la philosophie des comics et cherchant à combler un fossé béant, Zack Snyder tente  donc de caser le maximum d'information dans son film quitte à supposer que l'audience est déjà au fait de ce qu'il raconte.

 

Au niveau des performances d'acteurs, un très bon niveau est atteint, chacun ayant à cœur de donner le meilleur résultat possible dans son jeu. Le rendu s'avère malheureusement parfois un peu trop inégal à l'écran.

 

Henry Cavill campe un Superman d'un tout nouvel ordre, éloigné de l'image de boy-scout que lui avaient collé Richard Donner et ses piètres successeurs. L'homme d'acier est constamment tiraillé entre la conscience de ses possibilités et son sentiment de ne pas être forcément à sa place dans un monde qui ne l'accepte pas. Un des thèmes fondateur du personnage repris dans le film est celui de l'étranger, l'immigré, arrivant dans un nouvel environnement et dans lequel il rencontre la défiance pour toute la différence qu'il représente.

 

Un des points forts du film réside dans l'interprétation de Batman par Ben Affleck. Le justicier de Gotham fait clairement ce qu'il est censé faire : des investigations en neutralisant ses adversaires au passage. Chaque apparition de Batman à l'écran dégage un sentiment de grandeur et une aura au personnage rarement vu dans ses précédentes représentations hors comics. Le bât blesse lorsqu'apparait Bruce Wayne tant le personnage parait effacé et désabusé par rapport à la force et à la détermination dégagées par Batman.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que plusieurs allusions ou éléments de décors font clairement référence à la trilogie du "Dark Knight" de Christopher Nolan (d'ailleurs un des producteurs du film). Ces détails, conjugués à d'étranges rêves psychédéliques, finissent de rendre le personnage de Bruce Wayne étrange et fade par rapport à la chauve-souris.

Au côté du milliardaire, Jérémy Irons apporte une nouvelle approche du personnage d'Alfred, le majordome ayant pratiquement élevé Bruce Wayne. Ce dernier est en quelque sorte la voix de la sagesse et de la pondération quand son maitre, tombant dans le piège de l'excès de connaissances, se focalise sur le danger incertain de Superman alors que se profile un danger bien palpable sous son nez. Les délicieuses remarques énoncées avec le flegme britannique de Jérémy Irons rappellent, que malgré leurs situations sociales, les deux personnages ont gardé une logique de respect entre un formateur et son élève. En réalité, le seul véritable reproche pouvant être relevé à l'encontre de ce personnage provient du fait qu'Alfred passe du statut de majordome intendant du manoir Wayne à une sorte de sidekick multitâches ayant acquis des compétences en mécanique automobile au cours des 20 ans passés à seconder le Batman.

 

Troisième super-héros du film, Wonder Woman apporte une fraicheur et une puissance débridée à chacune de ses interventions. Les multiples critiques ayant suivi le choix de Gal Gadot dans le rôle de la princesse amazone restent incompréhensibles au visionnage du film. L'actrice incarne à la fois la grâce et la fougue de l'héroïne dans son rôle de challenge psychologique à Batman et physique à Superman. Plusieurs reproches contre l'interprète israélienne avait mis en avant son apparente chétiveté par rapport au personnage des comics. Notons que Wonder Woman n'a jamais eu la physionomie de Stallone ou Schwarzenegger, et que Gal Gadot de son côté a été instructrice au combat et entraineur sportive au sein de Tsahal. On peut par conséquent supposer que la dame dispose de l'envergure et de la carrure nécessaires afin de s'imposer dans un film d'action face aux deux icônes que représentent Superman et Batman.

 

Du côté des seconds rôles, la plupart des acteurs remplissent leur part du contrat et assurent le liant dans les scènes afin de faire avancer l'intrigue… A deux exceptions près : Amy Adams en Loïs Lane et Jess Eisenberg en Lex Luthor.

La première, censée représenter une image de femme forte et indépendante, l'archétype de la journaliste prête à prendre des risques afin rapporter un scoop, glisse lentement de la reporter de guerre intrépide à la demoiselle en détresse que Superman doit sauver de la mort. Une scène en particulier illustre ce fait, appuyé par un montage pour le coup inexplicable, au cours du combat contre Doomsday. L'intensité du combat est alors au plus fort avec nos trois super-héros luttant contre la force dévastatrice du monstre, lorsque soudainement Superman capte à l'aide de sa super-ouïe les appels à l'aide de Loïs piégée sous les décombres dans une pièce se remplissant d'eau. Le héros en collant est alors obligé de s'éclipser du combat pour aller secourir la dame de ses pensées dans une scène chevaleresque dégoulinant autant l'archaïque que la niaiserie et l'inutilité, à part celle d'offrir le deus ex machinal héroïque final à l'homme d'acier.

Pour sa part, Jess Eisenberg offre une vision de Lex Luthor difficilement interprétable. Le jeu proposé par l'acteur rend complexe le suivi des idées du génie du mal de Métropolis. Il est à supposer que ce choix d'interprétation tend à retranscrire le génie légèrement autiste du personnage et le fait que son cerveau est continuellement à trois longueurs en avance sur le reste des autres protagonistes de l'intrigue. Encore une fois, si une telle supposition peut titiller l'esprit du connaisseur des comics, le néophyte risque de se poser par moment des questions sur des progressions scénaristiques plus suggérées que réellement montrées, notamment lors d'une scène de confrontation avec Superman où Lex dégage des réminiscences du Joker en exhibant une série de clichés digne de Heath Ledger dans "The Dark Knight". Étrange…

 

Passons, avant de conclure, sur un point qui a largement divisé depuis le précédent opus : la question de savoir si les super-héros pouvaient tuer à l'écran.

La séquence ou Superman tue le Général Zod dans "Man of Steel" avait largement fait hurler l'audience sous le prétexte que Superman ne tuait jamais, car les films de super-héros étaient des films pour enfants. Il est amusant de remarquer que DC et Warner, en instaurant le DCU, avaient clairement indiqué donné un aspect plus mature et adulte à leurs récits, ce qui rend l'argument irrecevable.

Notons également que les héros de comics (Superman et Batman en tête), ne sont pas à leurs premiers morts, que ce soit dans les films ou les comics. Lorsque Superman tue Zod dans "Man of Steel", il le fait car il n'a pas d'autre choix afin de stopper un ennemi plus fort, plus expérimenté et plus amoral que lui. L'homme d'acier ne donne pas alors la mort par pur plaisir comme dans la scène équivalente de Superman 2 qui lui, pour le coup, était un film clairement orienté pour les enfants.

Bien au contraire, dans les deux films de Snyder, montrer les conséquences des actes des super héros permet enfin d'ancrer ce genre de récit dans un contexte et d'impliquer le spectateur dans une réalité, certes fictive, mais qui trouve des réminiscences dans des situations bien actuelles où chacun peut se retrouver écrasé par une force incontrôlable, destructrice et pouvant anéantir des vies à tout moment.

 

En conclusion, "Dawn of Justice" est une très bonne production ouvrant le champ des possibilités des futurs blocs du DCU et où les amateurs des héros de DC et des films soutenu par un background étoffé trouveront un plaisir cinématographique certain.


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