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MN prend la marge et revient en septembre


Les preux en parfaite santé

Les preux en parfaite santé

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Les preux en parfaite santé ou Les trois jours du con dehors



L'armée a tort de se poser des questions de budget. Il suffit de raconter l'histoire de Taponnière et Ghesquier, ou Ghesquière et Taponier (on s'en tamponne un peu).
Quel rapport avec le budget des armées ? J'y viens.
Ghesquière est journaliste, l'autre cameraman. Ces messieurs se sont imposés à l'armée française via le ministère. L'armée cantonnée en Afghanistan n'en voulait pas pour essentiellement deux raisons : la première est que l'un des deux ne connaissait pas le terrain, la deuxième tient au fait que le courageux essayiste Ghesquière n'en rate pas une pour dire du mal de l'armée française. Tous les deux sont des antimilitaristes, et de gauche. Le profil type du journaliste de la grosse presse. D'ailleurs, ils vont en Afghanistan, non pas tellement pour informer les Français, mais pour "assurer les talibans de la compréhension et du soutien de la presse et de la gauche française dans leur lutte". Faut oser.

Des aventuriers, des gars qui ont de l'humour en plus, inséparables ? Des sortes de Bud Spencer et Terence Hill.

On comprend pourquoi l'armée ne s'est pas bousculée du galon pour accepter qu'ils débarquent. Sans compter que Ghesquière (au sujet duquel je manque de précisions, vous ne m'en voudrez pas, je ne vais pas enquêter, parce que franchement mes secondes valent mieux que sa vie), ce journaliste (génuflexion quand vous entendez ce mot) est un adepte de la virée impromptue, au mépris des recommandations et des signalements des soldats de terrain. Il va là où on lui dit de ne pas aller. Avec un chauffeur-traducteur si possible. Des petits cow-boys français, quoi. Voilà pourquoi l'armée, qui sentait bien que tôt ou tard ces deux étourneaux se feraient serrer, freinait des chenilles.

Mais France Télévision, la télé d'État, a fait ce qu'il fallait auprès du ministère Morin, qui a obtempéré et bigophoné aux soldats. Ceux-ci ont donc dû s'incliner et lécher le sable. Il fallait accepter les deux compères, Cul et Chemise. C'est la première erreur de militaires que personne n'a obligé à obéir aux politiques, si ce n'est les politiques eux-mêmes. Passons.
Voilà les deux héros, treillis et caméras sur l'épaule, lunettes sur la tête, passés aux UV, silhouettes mi-reporter mi Paris-plage, qui mettent pieds en plein soleil sur le tarmac afghan, une vision à faire se pâmer la journaliste de la presse féminine (« Elle » en l'occurrence, qui ne dira jamais assez de bien des deux traîtres). Cash et Tango passent devant les soldats. Ils ne les saluent pas, et entament un séjour où la valetaille militaire sera regardée de haut. De très haut. Ils se montrent "dédaigneux, incivils, orgueilleux, odieux, indisciplinés, jamais contents", rapporte-t-on. Du haut de gamme, en quelque sorte. Du journaliste de la prestigieuse télé d'État française. Attention, écartez-vous un peu s'il vous plaît. On mélange pas, comprenez ?

D'ailleurs quand ils seront faits prisonniers, ils auront droit à de "l'hommage" : un concert sera organisé à Paris. Le jour de leur libération, leurs collègues leur feront une ovation dans l'immeuble de France Télévisions, diffusée en direct. « Elle » aussi fera son ovation, je devrais peut-être dire son ovulation.
Bref, ils font leur reportage. Point. Mais, l'extraordinaire mission accomplie, ils se disent qu'ils n'ont pas assez lutté contre l'impérialisme français et se doivent d'aller saluer les camarades afghans, la Résistance, quoi. Après tout, leurs grands ancêtres allaient bien ravitailler le FLN.
Vous vous demandez toujours comme je vais conclure mon histoire de budget des armées, hein ? Ça vient.
Les voilà partis, nos deux midinets, avec une voiture et un chauffeur. Ils se rendent "sans protection dans une zone à risque contrôlée par les Talibans", dédaignant une fois de plus les objurgations des pros.
Et ils se font bien sûr arrêter. On descend, on discute. Pan ! Le chauffeur est tué d'une balle. Nos deux lascars font les ouins-ouins, on les emmène. En tôle. Bien sûr, ça pleurniche pour se faire libérer. "C'est pas notre faute, qu'est-ce qu'elle attend, l'armée ? Monsieur le geôlier, je vous assure qu'on est avec vous ! On est ici pour dénoncer le gouvernement fasciste de Nicolas Sarkozy. Je suis sûr que vous me comprenez. Mais écoutez-moi !"
À Paris, c'est l'émoi général. Pensez donc : des journalistes arrêtés ? Mais c'est pas possible, ça. Des salariés de base, des touristes, des militaires, on peut en arrêter autant qu'on veut. Mais des journalistes ? Vous n'y pensez pas. C'est la race supérieure. Des gens d'au-dessus. Quand tu passes par "journaliste de la grosse presse", crois-moi, tu passes par la caste départ ! Et tu touches 20.000. Par semaine, pour commencer.
Donc Paris, la ville dont le maire est sans dessous du tout, est sens dessus-dessous.

On colle les deux tronches de premiers de la classe bien-pensante sur l'Arc de Triomphe qui en l'occurrence, avec deux prisonniers aux mains de l'ennemi, ne triomphe pas vraiment (on m'expliquera le symbole au passage, j'y entrave plus rien). On déploie des moyens, des millions. Il faut "tout faire", les "droits de l'homme", "le gouvernement prend l'affaire très au sérieux". Les notes de téléphone montent plus vite que le téléphérique de Buisson-Chamois. Il !FAUT! (à tel point qu'on est obligé de réinventer la typographie) aller libérer ces deux preux, et que l'armée se bouge !
L'armée y va. Le 29 juin 2011. Une opération qui coûte environ 10 millions d'euros, annonce le général Georgelin. Pour ces deux types là. Et ça se passe mal. 9 soldats sont tués… 9 hommes. Avec des familles au pays.

Mais qu'importe ? Les preux se portent bien, ils sont en parfaite santé. Bronzés, barbes de trois jours comme à l'accoutumée, histoire de faire « aventure ». Look Jet Tours. Puisqu'on parle de trois jours, ils y ont eu droit: interviews, caméras, flashs. Hélas, Ghesquière n'a pas un mot pour les tués. Les trois jours du con dehors.
On est au-dessus de tout ça. Que ces deux mecs aient été responsables de plus de morts que Mohamed Merah n'est pas un vrai souci. Ce qui compte, c'est qu'ils racontent leur sublime histoire. Où l'héroïsme, c'est de se faire prendre aux pattes là où on est sûr de se faire prendre aux pattes.

Car le journaliste Ghesquière, le héros de ces dames, n'est pas du genre à en rester là. Il publie un livre, attention. Son titre je l'ai oublié et donc je ne le citerai pas. Dans lequel il insulte copieusement l'armée. C'est la final french touch. La cerise sur le gâteau. Les mecs qui sont connement allés se faire tuer, ils en valaient pas la peine, c'était des pauvres types, des moins que rien, du sous-verre de comptoir, rien je vous dis.

Et maintenant causons budget. C'est simple. Messieurs les généraux, laissez venir ces types, ces journalistes de la bonne grosse presse fière d'elle-même, pleine de bonnes leçons à vous dispenser de haut. Faites-leur bon accueil. Puis, au petit matin, faites-les monter dans un VAB, conduisez-les aux Talibans, faites-les descendre et fourguez-les pour 100 millions d'euros, pièce. Les Talibans, eux, les refourgueront pour 200 aux Pakis, qui eux les remiseront pour 300. Les journaleux auront eu leur heure de gloire, vous aurez des sous, le gouvernement aura sa libération. Tout le monde sera content. Franchement, organisez une agence du rançonnage. Vous avez là une manne. Les prix pourraient fort bien grimper rapidement. Le gouvernement français n'est plus à quelques milliards près et ce qui compte, c'est la pub. Vous aurez l'appui de Elle, de la presse féminine et du vaste monde bobo qui adore que les belles histoires se finissent bien.

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