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Qui a peur d’une droite forte ?

Qui a peur d’une droite forte ?

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Le 6 juillet 2013 aura lieu dans le Loir-et-Cher la première fête de la violette, organisée par la Droite Forte. Le slogan de la première motion de l’UMP est simple : fiers d’être Français, fiers d’être de droite, fiers d’être sarkozystes. Le 6 juillet, clairement pour la violette, l’emmerdant sera la rose. C’est donc le bon moment pour s’intéresser au livre d’une journaliste indépendante, Marika Mathieu, intitulé « La Droite Forte, année zéro »1, sorti au printemps dernier. La journaliste en question n’a qu’un objectif, entrer dans le sillon frais de tous ses prédécesseurs, dissimuler un peu ses intentions dans une pseudo investigation pour montrer à la face du monde entier à quel point la droite se droitise. Elle croit sans doute avoir eu du courage pour écrire ce petit pavé lancé dans notre marécage, grossièrement subtile pour mettre en lumière les liens existants entre la Droite Forte, au sein de l’UMP, et bien sûr le Front National. Il parait donc important de donner à Marika les éléments de compréhension qui lui manquent et par un effet miroir lui montrer ce que révèle en fin de compte son livre sur la Droite Forte et particulièrement sur Guillaume Peltier.

Ce que l’on savait déjà sur l’UMP


Dès le début, la journaliste assoit son récit sur la métaphore marine, en faisant référence aux différents courants au sein de l’UMP, aux monstres marins et à l’avenir de la maison mer… Il faut bien que la journaliste prouve qu’elle a du style si elle veut faire de la production d’ouvrages son gagne pain. Elle raconte tout ce l’on sait déjà, mais c’est normal, puisqu’elle, elle le découvre totalement. Elle débarque. Elle n’avait jamais imaginé qu’il y avait une pensée à droite, alors elle y va par petites touches, elle détaille le catalogue des propositions de tous les mouvements et particulièrement de la Droite Forte. Si le code typographique était un peu plus souple, elle multiplierait les points d’exclamation derrière chaque partie de programme de la Droite Forte. Que ce soit sur l’immigration, l’assistanat ou l’Europe, la journaliste reste stupéfaite que l’on ose encore être de droite. Alors pour illustrer sa bouche bée et remplacer les points d’exclamation qu’elle voudrait mettre à foison, elle met des notes de bas de pages. Elle indique pour chaque idée ou phrase si un jour elle a été utilisée par le Front National. Qu’on se le dise, tout ce que touche le FN demeure à jamais « souillé ». Ce petit va-et-vient du texte jusqu’au bas de page est sa petite tactique pleine de subtilités pour prouver que Guillaume Peltier et la Droite Forte incarnent les idées du Front National.

Il y a des choses que l’on ne découvre pas sur l’UMP mais que l’on aime bien réentendre. C’est aussi l’intérêt qu’une journaliste se penche de ce côté-ci de l’échiquier politique. Elle dit vrai quand elle fait le constat que le duel Copé-Fillon est une fausse fracture. La vraie fracture est en effet, comme elle le comprend, entre la base et les élus. Elle fait un brin référence à Pasqua qui, déjà de son temps, déplorait que les campagnes soient faites par le RPR pour faire élire des gars de l’UDF. Tout ça pour comprendre que le peuple militant de droite est…. de droite. Terrible découverte. Que ce peuple ne supporte plus d’avoir la phrase de Maurice Druon lui trotter dans la tête : « En France, il y a deux partis de gauche dont un qu’on appelle la droite. ». Pendant que la journaliste affiche sa sympathie non justifiée pour la motion de « la boîte à idées », elle se met à décortiquer ce qui fait les ressorts de la Droite Forte fondée par Guillaume Peltier et Geoffroy Didier. C’est une stratégie qui consiste à détecter et à se rendre propriétaire de tous les tabous. C’est ce qui signifie être décomplexé. Cela commence par Sarkozy. C’est d’ailleurs révélateur de l’ampleur des complexes à l’œuvre dans les organes de gestion du pouvoir que sont les partis politiques. Penser que Sarkozy serait tabou est la preuve d’une efficacité sans faille du terrorisme intellectuel. La Droite Forte est donc cette droite qui refuse de se soumettre aux codes et aux tabous français. Elle peut d’ailleurs devenir un bon révélateur de qui est véritablement à droite à l’UMP. Face à tant de cynisme, Marika tente de scander quelques slogans pour exorciser son travail. On ne sait jamais, si elle finissait par trouver tous ces gens éminemment sympathiques et leurs idées frappées du bons sens. Elle écrit donc rapidement : accent national-populiste, nationaliste. Elle qualifie les relations connexes une fois de « bien à droite » pour Elisabeth Levy (nous n’avons manifestement pas la même définition de bien à droite) et une autre fois de très traditionnelle s’agissant de milieux catholiques fréquentés dans sa jeunesse par Peltier. Le superlatif « très » est capital pour garder les mains propres. Marika sanctionne rapidement de peur que son lectorat ne lise au premier degré les propositions de bons sens sur la limitation du droit de grève des profs ou le fait d’imposer des journalistes de droite sur les chaînes publiques par exemple.

Ce que l’on n’apprend pas sur la droite


« La Droite Forte année zéro » n’est pas un livre d’investigation. C’est une sorte de synthèse biographique qui tourne à l’exposé scolaire considérant le niveau de connaissance de son lectorat proche du niveau zéro. Certaines notes de bas de page prouvent que la journaliste pense s’adresser à une ignorance crasse (la définition de Capes est ainsi donnée en bas de page), ses lecteurs de gauche en savent sans doute plus qu’elle ne le pense. Le problème est qu’elle ne peut complètement comprendre la pensée de droite, les éventuels projets de la Droite Forte, des autres mouvements, du Front National, sans avoir compris d’où vient la droite, de quoi elle est faite, ce qu’irrigue ses cerveaux. Marika est journaliste et utilise les articles de presse et les ouvrages politiques pour comprendre ce qui se passe. C’est que pour comprendre la politique, il faut faire un peu plus que du journalisme, sans doute un peu d’histoire et sans doute aussi un peu de philo.

Pour créer des parentés idéologiques, elle part de Vichy, elle y glisse un peu de ligues et de Charles Maurras et appelle ça le nationalisme. Ce mot est d’ailleurs lancé très tôt dans le document, sans être jamais vraiment défini et donc sans que l’on puisse vérifier s'il est attribué aux uns ou aux autres à bon escient. Pour Marika, les partis et les idées politiques se situent sur une ligne droite, un segment. Et elle promène son curseur. Le pedigree idéologique de la droite ne se situe pourtant pas sur la ligne. Le jeu politique est plus proche d’un cercle où chaque point est de façon égale éloigné du centre, où les extrêmes se rejoignent comme le disent les gens des bistrots. Mais les idées de droite viennent de plus loin, elles viennent du centre oublié justement, usurpé depuis que les humanistes se sont mis à s’adorer tout seuls, elle vient de la contre-révolution, du combat de l’idéologie des Lumières, elle vient d’Aristote. Dire qu’il y a deux droites peut être juste. Dire que la fracture se situe entre De Gaulle et Vichy est trop simple. La fracture idéologique se situe entre une droite révolutionnaire nihiliste et une droite contre-révolutionnaire de culture judéo-chrétienne. Mais là où les choses se compliquent, chers journalistes, c’est que ces deux mouvances s’associent parfois dans les partis pour combattre côte à côte et aussi se combattre les uns les autres. Au Front national, il y a toujours eu les deux mouvances avec une prédominance des révolutionnaires, au MPF, c’était l’inverse, et à l’UMP, les opportunismes sont tels qu’on n’y voit plus grand-chose, ce qui doit malheureusement nuire à l’instruction des journalistes de gauche. Bref, tout ça pour souligner que qualifier Peltier et la Droite Forte de nationaliste, au-delà de caricatural, serait un peu court.

Ce que le livre ne parvient pas à faire


Dans son livre, Marika Mathieu s’intéresse davantage à Guillaume Peltier qu’à Geoffroy Didier ou Camille Bedin. Ce n’est pas uniquement parce qu’elle cherche le plus charismatique. Il faut dire que Peltier vient du FN, du MNR, du MPF, donc pour quelqu’un qui veut faire sa gloire sur sa pseudo connaissance de la droite, c’est le gars idéal. En plus, c’est le filon le mieux pour prouver pièce à l’appui que nous sommes face à une droitisation de la droite de la droite. Elle montre d’abord un jeune Peltier se cherchant dans les milieux politiques, faisant la promotion de la doctrine sociale de l’Eglise, puis s’investissant en politique au Front National de la Jeunesse. De son rapide passage au MNR, on ne retient qu’un catholique isolé dans une ambiance nouvelle droite. De son arrivée au MPF de Philippe de Villiers à l’UMP de Nicolas Sarkozy, Marika nous raconte tout ce qui est de notoriété publique et révèle que Peltier n’a finalement pas changé d’idées, qu’il a conservé les mêmes valeurs et propose toujours certaines mêmes solutions. Elle démontre finalement une continuité d’idées chez Peltier et donne ainsi un contre-argument à tous ceux qui le qualifient de girouette. En s’attaquant à sa stratégie politique, elle ne fait pas mieux. Là aussi, il ressort du livre que le co-fondateur de la Droite Forte a de la suite dans les idées en restant attaché à son schéma des trois droites depuis son entrée en politique : une aile droite formée par le MPF à une époque, une droite au cœur formée à l’époque par l’UMP et une aile gauche formée par l’UDF ou le Modem. Ce schéma qui a bien sûr pris des formes diverses au fil des temps pour à nouveau se concrétiser dans l’émergence des motions au sein même de l’UMP.

Dans ce qu’elle veut être une enquête, la journaliste fait remarquer au lecteur toute hésitation, toute imprécision de la part de Guillaume Peltier pour répondre à certaines questions. S’il pense avoir fait ou dit telle chose à 25 ans plutôt qu’à 27, cela devient aussitôt une preuve de dissimulation de la vérité, voire de conspirationnisme de sa part pour droitiser la droite. Sauf que tout le monde avance à visage découvert, il n’y a donc pas de quoi crier « Eureka ». Sauf que Marika aussi n’est pas exempte d’imprécisions quand elle croit que l’UMP avait mis une candidate face à Peltier aux élections cantonales de 2008, c’était juste un homme, candidat Vabriste dissident. Parallèlement, on sent que la journaliste a du mal à ne pas trouver très sympathique ce Guillaume. C’est que Peltier aime la littérature et l’histoire. C’est que Peltier aime Baudelaire. La journaliste de gauche a du mal à faire la synthèse, ça contrarie ses plans caricaturaux. Elle fait son boulot, alors elle décrit le personnage et on voit un entrepreneur politique, des gens autour de lui qui bossent sans arrêt, de plans médias en plans médias, de meetings en portes à portes sur le terrain. Des gens qui sont en ébullition permanente : un coup on dépose en propriété intellectuelle les noms « droite rurale », « droite républicaine », « génération sarkoziste », … un coup on sort une idée par semaine sur le droit de grève, la laïcité, l’éducation nationale, … Au final, ce à quoi ne parvient pas ce livre, c’est à nous faire peur. Marika ne parvient pas à effrayer le lecteur avec la droite forte et encore moins avec ses sympathiques leaders. Elle a dû tomber sous le charme en posant le point final. Peltier peut remercier Marika, il apparaît au final sous les traits d’un Sarko, en mieux. Aussi bosseur que lui, aussi décomplexé que lui, aussi créatif que lui, aussi courageux que lui. Mais en plus amoureux de l’histoire, en plus littéraire et surtout avec beaucoup plus de convictions que lui. Une synthèse qui ne peut que plaire aux militants de droite, chère Marika.
  1. La Droite forte, année zéro : Enquête sur les courants d’une droite sans chef – Marika Mathieu – Éditions de La Martinière – ISBN 978-2-7324-5949-3

Avec la fête de la violette, la droite forte propose sa fleur


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