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James Graham Ballard Orwell du XXIème siècle

James Graham Ballard Orwell du XXIème siècle

Par  

A propos de Millénaire mode d'emploi recueils d'articles sorti chez Tristram

 

Peu de monde connaît James Graham Ballard comme Orwell est connu dorénavant et dont la renommée a dépassé les frontières de la littérature depuis longtemps déjà. Orwell trouverait sans doute très ironique que 1984 soit devenu si populaire à une époque où tout le monde a son « télécran » en main à la différence du roman que nos « télécrans » nous nous y soumettons avec enthousiasme et allégresse. Cela n'en empêche pas beaucoup de dénoncer avec véhémence de nouveaux médias qu'ils utilisent abondamment. J'ai toujours trouvé ça ridiculement contradictoire…

Pourtant ce que J.G. Ballard écrit est tout aussi visionnaire, tout aussi lucide, tout aussi juste, tout aussi incisif sur notre triste monde.

A peine se souvient-on vaguement de lui comme l'auteur du livre à l'origine de Empire du Soleil de Spielberg. D'aucuns plus cinéphiles se rappelleront de Crash de David Cronenberg, adaptation d'un de ses romans. Je l'ai découvert avec ce livre lu à quinze ans avant que les bibliothécaires ne se transforment en censeurs. Bien entendu je n'avais rien compris à cet âge-là, mais j'avais été saisi par le style sec et sans fioritures de l'auteur décrivant notre monde avec acuité et intelligence.

Il était classé dans le rayon de la Science-Fiction alors que Crash ne comporte aucun élément habituel : pas de « space opera », de vaisseaux tournoyant majestueusement sur la musique de Strauss, pas d'aliens pittoresques. Il a créé avec d'autres à la fin des années 60, ce mouvement littéraire dit de la « new thing » avec entre autres Michael Moorcock décrivant une « SF intérieure ». Nul besoin de décorum clinquant, d'appareillage multicolore. Il parle de l'inhumanité de notre modernité, de sa laideur, de la bêtise reine et de l'absurdité généralisée. Il parle du béton, du bitume, de la hauteur vertigineuse de nos immeubles et des individus si seuls si déshumanisés.

Dans les histoires de Vermilion Sands il imagine sa propre version de ce que pourrait être notre présent, un présent où les habitants de cet endroit rêvé aux « sables écarlates » redécouvrent la nature, la poésie et l'art sur un ton très swiftien. Peu importe que les ordinateurs « ultra modernes » qu'il décrit soit à bandes perforées, que les enregistreurs soient sur bande magnétique, ce qui importe c'est ce qu'il essaie de nous transmettre sur nous-mêmes sur tout ce que nous avons perdu et que veulent désespérément retrouver les personnages de Crash qui pour certains iront jusqu'à s'autodétruire avec ces machines qui les fascinent tant tout comme nous.

J.G. Ballard n'est ni de droite ni de gauche, ni au centre, ni au-dessus ni en dessous. Il n'est pas réductible à une formule, à un slogan, à l'enfermement dans un domaine ou un autre. Il ne verse pas dans la spiritualité de bazar ou le discours apocalyptique. Il est juste lucide. Il est curieux de tout, s'intéresse à tout, et veut « épuiser » les sujets qui le passionnent.  Il ne se veut pas chef de mouvement, militant, ou quoi que ce soit d'autres. Il est farouchement individualiste et soucieux de sa liberté et de son indépendance. Il a perdu sa femme morte en 1964 ce qui fût pour lui une tragédie fondatrice certainement de ses préoccupations, devenant alors écrivain professionnel et élevant ses enfants. Ce qu'écrit Houellebecq chez nous doit beaucoup à Ballard ce sont les mêmes préoccupations et la même façon de les évoquer.

On retrouve ses inquiétudes autour de l'éducation dans le massacre de Pangbourne re-titré « Sauvagerie » dans une version plus longue. Dans cette histoire, des riches « mais progressistes » créent un genre de « cité radieuse » paisible en apparence et moderne où leurs enfants à l'air tellement sages tellement raisonnables finissent par se révolter contre les adultes et s'enfuir de ce paradis frelaté pour essayer de redevenir juste humains. Car c'est ça ce qui devrait être notre but ultime au fond.

Dans ses articles il évoque le cinéma, la littérature et la politique. Il parle souvent à contre-courant. Mais il ne se veut pas qu'anticonformiste de service. Il est simplement libre.


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