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Monde idéal, expérience ou univers onirique ?

Monde idéal, expérience ou univers onirique ?

Par  

Le théorème d'Almodóvar Poche de Antoni Casas Ros

Roman, autobiographie ou autofiction ? Né en Catalogne française de mère italienne et de père catalan, Antoni Casas Ros interrompt ses études de mathématiques à la suite d’un accident, tout comme le héros de son livre où il raconte sa renaissance après la défiguration. Le bandeau rouge de Gallimard annonce : Transfiguration. Casas Ros livre très vite le véritable propos en évitant soigneusement le voyeurisme : Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s'est arrêté, à vingt ans. Il a non seulement perdu son visage, mais aussi sa petite amie tuée sur le coup.

Une maîtrise de la langue proche d’une formule mathématique cinglante de perfection recouvre une dimension expiatoire. L’amour des chiffres et des lettres hérité de sa mère lui permet une autre représentation du monde : Au centre du vide, il y a une autre fête. La phrase énigmatique du poète argentin Roberto Juarroz est le cœur magnétique de ce roman intensément excentrique. Une citation de Newton placée en exergue de chaque chapitre rappelle la loi de la gravité. Le monde peut s’expliquer par les maths, mais aussi par la poésie. En témoigne Lisa, transsexuelle au grand cœur qui ne voit pas l’apparence d’Antoni, mais son essence : Si tu me regardes assez longtemps, tous les jours, je crois que mon visage va se transformer. À ses côtés tout est douceur, espoir et tendre volupté : J'ai pénétré dans la douce souplesse de son cul […] Il y avait une solennité joyeuse. Un étonnement. Une innocence. L’apparition du cerf ayant provoqué quinze ans plus tôt l’accident de voiture relève plus du conte de fées que du théorème de maths.

Vision d’un monde idéal où l’amour tient le haut du pavé dans un loft sur les toits de Gênes ? Univers onirique dans lequel Lisa fabrique un masque de ses mains amoureuses et bienveillantes mettant fin à la contemplation narcissique du narrateur ? Est-ce la véritable expérience de l’auteur, fictionnalisée au fil des pages ? Le débat semble dérisoire au sujet d’un roman dont l’acte d’écrire est le moyen de se retrouver et de se reconstruire, de mettre fin à une longue traversée du désert débouchant sur un amour partagé.

Antoni Casas Ros, Le Théorème d’Almodovar, Gallimard, 2008, 145 pages, 12,50 €


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