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Statistiques ethniques, une querelle bien française

Statistiques ethniques, une querelle bien française

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Dans La connaissance inutile, Jean-François Revel écrivait : « A la bonne conscience fort légitime qu’ont tous ceux qui se rangent dans le camp du Bien, s’ajoute le plaisir de le faire sans risque. Enfin, en donnant l’assaut à un ennemi qui n’existe plus, on peut se dire qu’on remplit son devoir de défenseur de la liberté, ce qui dispense de l’accomplir face aux menaces concrètes, actuelles et réelles qui la mettent en péril, mais qui sont évidemment beaucoup plus difficiles à contrecarrer. » La démographe Michèle Tribalat, quant à elle, dans Statistiques ethniques, une querelle bien française, évoque le serpent de mer que sont les statistiques ethniques : « Leur lien est évident avec un sujet dont la fortune ne se dément pas : l’immigration étrangère ». Le sujet fait controverse : n’est-ce pas créer de toutes pièces des divisions et les faire exister ? Les statistiques ethniques ne font-elles pas courir des risques aux libertés publiques ? Ne font-elles pas fi du consentement des personnes ? Ne convoquent-elles pas les « plus sombres heures de notre histoire » en rappelant le tristement célèbre fichier juif de la seconde guerre mondiale ?

Depuis la décolonisation dans les années 1960, l’immigration n’a jamais cessé en France. Les immigrés tunisiens, marocains, algériens, centrafricains, ont d’abord représenté une manne utile de travailleurs pour accompagner la reconstruction d’après-guerre et le boom économique des trente glorieuses. Ces entrées sur le territoire s’inscrivaient presque naturellement dans la longue histoire partagée au sein de l’empire. Avec le temps et la poussée des mouvements décoloniaux, le phénomène d’immigration a finalement été une façon pour l’Etat français d’expier son passé colonial et de se donner bonne conscience en autorisant toutes les entrées sans aucune restriction. En 1980, le Rapport de synthèse des travaux du Haut Comité de la population posait la recommandation suivante : « L’immigration peut jouer un rôle bénéfique dans l’évolution de la population française, notamment par les corrections qu’elle peut apporter à certains problèmes spécifiques (structure par âge de la population française) ». Argument classiquement évoqué depuis plus de soixante ans par les autorités françaises mais également par la Commission de Bruxelles qui a fait de ce sujet l’une de ses priorités. Le rapport évoquait en outre « la nécessité du regroupement familial, les risques d’une politique de retours contraints et même, du strict point de vue démographique, d’encouragement aux retours volontaires, la nécessité d’un effort particulier d’intégration de certaines catégories d’immigrés. »

Sur ces questions, Michele Tribalat est devenue persona non grata parce qu’elle est adepte de la transparence des chiffres et des statistiques. A partir de 1990, la chasse aux sorcières s’est déchaînée contre elle avec ce type d’attaque : « L’extrême-droite n’est plus seule sur le créneau de la division des Français. Des démographes de nos instituts officiels s’appliquent à traquer dans nos veines les traces de sang étranger pour mieux isoler, au nom de la science, une « ethnie française ». »

Au cours des années 2000, le thème de la diversité est devenu tendance. La HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) a été créée en 2004 afin de transposer dans le droit français la législation européenne sur les discriminations contenue dans deux directives. La spirale s’est ensuite accélérée : il a fallu mettre de la diversité partout, dans la société, au sein des entreprises, un certain président fasciné par l’Amérique prônait lui la discrimination positive, celle que l’on voit à Sciences Po Paris et ailleurs. Il fallait imposer la société multiculturelle tant désirée par les libéraux au nom du marché et par la gauche au nom de l’universalisme et de la lutte contre l’héritage chrétien. Cette société multiculturelle devait constituer le rempart au « racisme systémique » qui, juraient certains, avait toujours irrigué l’esprit français. Le combat idéologique fut  féroce et il l’est plus encore aujourd’hui où l’ethnicisation des débats, de toutes les questions de société, s’est généralisée.

En fait, les statistiques ethniques sont soit honnies par ceux qui considèrent qu’elles remettent en cause les valeurs de la République, soit voulues par deux camps distincts ayant des motivations dissemblables : les conservateurs y voient un évident moyen de mesure et donc de possibilité de régulation d’une immigration devenue incontrôlable, par une politique de quotas par exemple, les progressistes pensent qu’elles permettront de valoriser le multiculturalisme en l’imposant à de nombreux secteurs de la vie sociale et économique.

La discussion sur ce point semble aujourd’hui plombée. Pourtant, quand un récent sondage indique que 75% des jeunes français musulmans de moins de 25 ans se disent plus proches des valeurs du Coran et de la Charia que de celles de la nation française, il y a urgence à sortir des tabous. Les sujets de l’identité et de l’immigration seront au cœur de l’actualité (que l’on imagine aisément violente) des années futures, et éclipseront vraisemblablement toutes les autres thématiques lors de la prochaine élection présidentielle. Après le déni et l’irresponsabilité, les hommes politiques joueront leur crédit et leur avenir sur ces enjeux de civilisation.


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