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Un destin à l’image de son talent

Un destin à l’image de son talent

Par  

Mikhaïl Rudy, né en Russie où il étudia le piano au Conservatoire de Moscou, Premier Grand Prix du prestigieux Concours Marguerite Long, demande l’asile politique dans des conditions dramatiques. Il s’installe en France et continue une carrière de pianiste qui le mène aux quatre coins du monde et le fait collaborer avec les plus grands musiciens de notre temps. Le Roman d’un pianiste, présenté dans la collection « Les Grands destins » de Vladimir Fédorovski aux éditions du Rocher est une autobiographie. Sous-titré L’Impatience de vivre, le grand personnage en est la musique.

La musique classique faisait partie du monde moderne en URSS. Dans ces années-là, elle était partout, à la télévision, à la radio. A la maison, les gens chantaient des airs de Tchaïkovski ou de Beethoven. C’était la véritable culture populaire. Tout le monde allait au concert et les grands interprètes avaient le statut de héros nationaux.

Rudy raconte, dans un style simple et plein d’humour parfois, ce que fut sa vie dans son pays natal et à l’étranger. Il rapporte aussi les bons mots de plusieurs de ses compatriotes, tel Rostropovitch qui avait été sermonné par le ministre de la Culture : « Si vous continuez à vous conduire ainsi, on va vous punir et vous interdire de quitter l’Union soviétique » ce à quoi le célèbre violoncelliste répondit : « Vous voulez dire que pour un Soviétique, rester dans son pays est une punition ? ». Mais très certainement le plus mirifique est de pénétrer à la suite de Rudy dans les arcanes de la musique.

J’interprète dans Le Pianiste, pièce que j’ai écrite avec l’acteur Robin Renucci, la musique de Chopin, compositeur romantique par excellence. J’ai remarqué que confronter cette musique, évocatrice d’une certaine atmosphère et de certaines images, aux éléments tragiques du XXème siècle en change l’écoute. Loin d’être un élément d’ambiance du spectacle, elle est la base même de la dramaturgie du récit. Mon travail sur la partition reste le même, je suis fidèle aux indications du texte, mais le discours est différent. Le public le perçoit et découvre en quelque sorte le potentiel caché de cette musique universelle. Moi-même, j’ai modifié presque sans le vouloir ma façon de jouer Chopin. Ces œuvres me parlent de façon plus personnelle et je les communique avec plus de conviction au public.

C’est aussi avec une grande conviction que Rudy communique au lecteur les aléas d’un transfuge et l’apprentissage de manière pas commune du français.

Je ne parlais pas le français et comme je devais préparer les concerts et gagner ma vie, je n’avais ni le temps ni l’argent pour suivre des cours. J’achetais un livre Assimil anglais-français, comme ça, je pouvais améliorer les deux langues à la fois. Chaque sortie de la maison était une application pratique d’une leçon Assimil. Le dictionnaire jouait aussi un grand rôle. Souvent, je demandais à un vendeur de me montrer un mot qu’il prononçait dans le dictionnaire, mais il était émigré comme moi, et la plupart du temps analphabète. La conversation entre une personne qui ne sait pas parler, mais sait lire et une autre qui sait parler, mais ne sait pas lire, avec des deux côtés des accents à couper au couteau, pouvait être hilarante.

Sans dramatisation, très factuel et d’une objectivité pleine d’intégrité, Rudy raconte dans cette autobiographie se lisant comme un roman.

« En France, tout le monde veut être un artiste : un dentiste écrit des livres, un banquier joue du violoncelle… », proclame Rudy. Ajoutons : un pianiste y devient romancier. 

Mikhaïl Rudy, Le Roman d’un pianiste. L’Impatience de vivre, Éditions du Rocher. Collection présentée par Vladimir Fédorovski « Le Roman des grands destins », 2008, 205 pages, 19,90 €, ISBN : 978-2-268-06635-6

 

 


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