Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.

MN prend la marge et revient en septembre


Valéry Molet transforme l’ordinaire en mystère

Valéry Molet transforme l’ordinaire en mystère

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Valéry Molet vient de sortir un deuxième recueil de poèmes, Animaux vivants à l’intérieur, aux éditions Nouvelle Marge. « Animaux vivants à l’intérieur » voici ce qu’on lit au cul des camions à bestiaux. Il s’agit d’une information presque énigmatique pour une invitation à la prudence. De ce message destiné aux automobilistes, de ce trompe-l’ennuie offert à ceux qui prennent patience derrière un véhicule trop lent, trop gros et bouchant l’horizon, on peut en faire le titre d’un recueil de poésie. La poésie n’est pas lointaine, elle est au bout de votre nez et au cul des camions. Il suffit d’une petite distance avec le monde et de s’y voir dedans. Prenez garde avec le monde, il y a des animaux vivants à l’intérieur, dans l’attente de l’abattoir, des êtres vivants qui peuplent l’espace et le transforment en petit théâtre des choses ordinaires. Il suffit à Valéry Molet de se faire discret, de se retirer quand l’ironie plante le décor, pour faire surgir le poème, pièce délicate, offerte à tous comme une chanson décalée au cœur d’une discussion trop aimable. Ça ne vous dirait pas de « vivre dans un endroit propre où l’odeur de la mort n’est pas trop désagréable » ?

Valéry Molet transforme l’ordinaire en mystère et l’absurde en poésie.

Ce recueil de poésie de Valéry Molet aurait pu s’appeler de la même façon « Dépannage et remorquage ». Il suffit au poète de savoir s’arrêter, de savoir saisir le moment où « le temps ne geint plus » pour rédiger à notre adresse une prose à la fois proche de nous et étrangère. « Objets inanimés, avez-vous une âme ? », scandait le poète romantique. Celui de notre temps s’amuse d’un taille-haie brandi comme un salut romain, d’espadrilles rutilantes des vacanciers au cimetière de Vézelay, il est capable de souligner que « L’énigme de la zone pavillonnaire surpasse le mystère divin. »… Valéry Molet transforme l’ordinaire en mystère et l’absurde en poésie. Le quotidien n’est pas absurde puisqu’il se contemple, puisqu’il se narre. Il y a à l’intérieur de nos vies, de nos territoires, de nos blocs de bétons, de nos zones pavillonnaires, de nos salles-de-bain et sur les autoroutes et sur l’esplanade de la préfecture de Bobigny, des objets qui peuplent notre ordinaire et qui sont des moyens de s’évader puisque c’est notre nature.

Une poésie narrative du quotidien pour une conversion du regard

L’écrivain nous livre des petites pièces narratives, fractales de roman, tableaux du quotidien, miroirs d’une énigme. Il semble rabâcher comme le grand Jacques dans la chanson : il nous faut regarder… Valéry Molet ouvre des portes dans l’ordinaire de nos vies, et sa poésie est un raccourci vers l’Etre vivant à l’intérieur malgré notre utilité sociale. Nous sommes étonnés d’en être, encore. Toute vraie poésie irrigue les gens de l’être et se gausse des gens de lettre. Parce que nous sommes lucides, il nous est interdit de désespérer. En gouttant à la prose de Valéry Molet, on apprend aussi à vivre sans illusion et sans dégoût. Est-ce là une façon d’échapper au mélodrame moderne et pathétique dans un monde ayant rendu la tragédie inaccessible ? Est-ce là l’espérance du pauvre ? Celle qui est donnée à celui qui renonce enfin à produire des raisonnements. Il nous faut regarder, souffler, inspirer, expirer.

Il suffit …

« Que la mer remonte une fois encore,
Il faut qu’elle remonte.
Que la mer descende une fois encore. »

Une élection ordinaire…
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