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Les turqueries du mamamouchi européen

Les turqueries du mamamouchi européen

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« L'Europe doit faire face au retour de l'histoire », titrait Renaud Girard dans une chronique brillante du Figaro du 8 mars. Nous sommes tous frappés par le degré d'impréparation de l'Europe à ce qu'elle vit aujourd'hui, c'est à dire une crise majeure aux multiples facettes :

  • crise d'identité (à quoi sert l'Europe -une fois passée la période de paix des dernières décennies -ce qui n'est certes pas rien--? Quel est son projet? Quel est son périmètre?),
  • crise sécuritaire et son corollaire : l'incapacité, malgré de pieuses déclarations d'intention, à protéger les frontières extérieures de l'espace Schengen – souvenons-nous de la prophétie de Pasqua et de Villiers en 1992 sur "l'Europe passoire" qui est aujourd'hui son qualificatif le plus approprié, et, la protection de l'intérieur de cet espace, c'est à dire les frontières nationales qu'il faut urgemment restaurer,
  • crise économique d'un système fédéral qui devait générer croissance et plein-emploi et qui, 25 ans plus tard, apporte dumping social -l'illustre plombier polonais-, précarité sociale, paupérisation économique, concurrence intra-comunautaire effrénée, chômage structurel, surendettement des états, risque de faillites de certains d'entre-eux,
  • crise politique enfin d'une Europe qui se développe sur le mode ultralibéral, atlantiste et américain, annihilant, tel un rouleau compresseur, les démocraties et les peuples qui la composent.

Sur ce dernier point, l'Europe et ses 33.000 fonctionnaires de la Commission de Bruxelles, au très confortable traitement salarial, pensaient avoir définitivement tourné la page de l'histoire. L'histoire récente de "l'homme culturel", pétri de passions, de religion, de volonté, de désir et de transcendance. En créant artificiellement "l'homme économique", insatiable consommateur de biens, d'images, de virtualités technologiques, elle mettait ainsi les peuples à sa botte et s'arrogeait le monopole de l'initiative et des décisions politiques. Elle ignorait en fait qu'elle courait à son inévitable perte car les souverainetés des peuples sont sacrées et triomphent toujours.

Face aux différentes crises mentionnées plus haut, rien ne marche. Impossible de décider à 28. De sommets européens en réunions interministérielles, de rencontres bilatérales en discussions multilatérales, le verdict est sans appel : trop de divergences, trop d'intérêts contradictoires, trop de défiance, trop de technocratie, trop d'idéologies au détriment des peuples et de leurs libertés…

Alors que faire ? Modestement, voici quelques axes qu'il faudrait, de notre point de vue, explorer simultanément :

La question des migrants et des réfugiés de guerre

Si « nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde », nous ne pouvons rester indifférents au sort des hommes et des femmes au Moyen Orient. C'est un devoir moral que nous rappelle Sébastien de Courtois, journaliste et historien spécialiste de la Turquie et des Chrétiens d'Orient (auteur de "Sur les fleuves de Babylone, nous pleurions. Le crépuscule des Chrétiens d'Orient" que nous commenterons prochainement pour Mauvaise Nouvelle) : « plutôt que d'envisager les migrants comme des colonnes de chiffres et des objets de marchandage entre l'Union Européenne et la Turquie, souvenons-nous que nous parlons du destin d'êtres humains, d'hommes et de femmes de tous âges, des gens qui n'ont pas d'autre choix que de s'exiler, malgré la somme des sacrifices à endurer ». C'est aussi, plus prosaïquement, une obligation concrète et une nécessité technique car nous n'avons pas, face à ces flux migratoires puissants, les moyens de faire autrement que d'apporter des réponses.

Cependant, il est plus que vital, si nous voulons éviter l'implosion de notre grenouille européenne devenue plus grosse que le bœuf :

  • de répertorier l'identité de tous les migrants, afin de filtrer les terroristes et autres exploitants de la misère humaine, et de stopper l'immigration illégale et incontrôlée, fruit d'une politique idéologique dangereuse de l'Europe depuis maintenant 50 ans,
  • de contrôler les frontières nationales,
  • de coordonner efficacement l'aide sanitaire aux réfugiés, la scolarisation des enfants, en mettant en place des dispositifs d'accueil nationaux nombreux, dignes et pérennes,
  • de préparer le retour des réfugiés dans leur pays d'origine, une fois le conflit résolu et la paix revenue, en s'appuyant sur les fichiers exhaustifs de données relatives à l'identité de ces hommes et ces femmes kurdes, yazidis, syriens, irakiens, libyens…

Le conflit syrien

Il faut faire confiance à la Russie, à l'Iran soutien historique du régime de Damas, et aux Etats Unis dont l'administration Obama a sous-traité le règlement de la crise syrienne à Vladimir Poutine.

La diplomatie française, de son côté, a été aveuglée par son obsession de destituer Bachar El Assad comme préalable, ce qui fait qu'elle ne compte plus désormais dans le jeu moyen-oriental. C'est triste, mais c'est ainsi. Comme à l'époque des tsars, la Russie redevient la protectrice, désormais seule, des chrétiens d'Orient. Avec la bénédiction cubaine du Pape François au Patriarche Kirill de toutes les Russies.

Il est incontournable de composer avec Bachar El Assad qui n'est pas l'ennemi de l'Occident. Contrairement à Daech qui est la cible, et doit l'être de tous. Il faut tenir compte des leçons récentes des "printemps arabes" qui n'ont été que des "hivers islamistes" : l'Irak de Saddam Hussein et l'indescriptible chaos qui a suivi sa destitution, la Lybie post Kadhafi où règnent l'anarchie et la vacance du pouvoir, l'Egypte, et encore, l'Algérie aux mains des islamistes qui imposent la charia théocratique terrifiante au pays -voir ce que dit Boualem Sansal-, la Tunisie déstabilisée, de nombreux pays d'Afrique noire gangrénés par le péril vert…

La Russie de Poutine peut régler le conflit, et vite, si on ne lui met pas des bâtons dans les roues. Peu importe que Bachar reste ou pas au pouvoir, car il faudra, comme dans tout pays de cette région du monde, un dirigeant fort et autoritaire qui puisse résister aux pressions islamistes tout en composant avec les courants multiples des ces sociétés complexes.

La réaffirmation de notre identité

Ce qui nous fera exister à nouveau à nous-mêmes, et aux yeux du monde arabo-musulman, c'est de clamer haut et fort ce que nous sommes : une civilisation occidentale, chrétienne, fière de son histoire, désireuse d'assumer son identité, scrutant l'avenir avec confiance, sans détestation de soi et sans esprit de repentance.

Il est clair que les peuples européens -certains comme la Pologne de Kazinski, la Hongrie d'Orban, la Russie bien sûr, sont sur ce chemin- doivent exiger de leurs dirigeants nationaux et européens de sortir de la logique du multiculturalisme et de l'égalitarisme idéologique. Dire et assumer ce que nous sommes pour redevenir une force de dialogue, dans un monde dangereux, et affirmer une vraie autorité politique.

La France doit redevenir fière de ce qu'elle fut, une grande puissance dont la voix comptait encore il y a peu, retrouver sa souveraineté, et rééquilibrer sa relation avec les américains dont elle est devenue la petite fille docile et avec l'Allemagne de Merkel dont l'hégémonie -économique, politique- sans cesse affirmée doit la faire réagir.

Le jeu trouble de la Turquie

Comment faire confiance à ce pays qui torpille les chances d'un règlement rapide du conflit syrien, en armant les rebelles et en s'attaquant directement à la Russie, puissance autrement forte et qu'il semble ultra prétentieux de titiller ?

Comment accepter les chantages de Recyp Erdogan aux subventions européennes de plusieurs milliards, à la libéralisation des visas turcs pour circuler en Europe, à l'accélération du processus d'intégration de son pays à l'UE, quand on sait que :

  • il attise les flammes du conflit irako-syrien qui dure depuis 5 ans,
  • il prend le risque d'un embrasement avec la Russie et l'Iran,
  • il frappe les Kurdes, bafoue les droits des chrétiens et assume la charia pour son pays,
  • il est mégalomane,
  • il fricote avec les islamistes au pouvoir en Algérie, en Arabie Saoudite, à Dubaï, aux E.A.U.,
  • et surtout, il positionne sciemment la Turquie comme pompe aspirante en Europe des musulmans soucieux d'étendre l'Oumma -la communauté des croyants- au monde occidental.

La Turquie doit être un allié pour gérer la situation des migrants et des réfugiés, doit rester un partenaire économique, mais en aucun cas entrer en Europe avec ses 80 millions de musulmans et sa volonté d'islamisation de la culture occidentale. Les opinions européennes ont bien compris ce danger et ne veulent pas plus d'islam encore.

L'avenir de l'Europe

Seule une Europe des nations, respectueuse des démocraties, c'est à dire des peuples la composant, a un avenir.

Une Europe chrétienne, n'acceptant pas la Turquie en son sein, œuvrant à une résolution rapide et efficace du conflit syrien -en misant sur la Russie nous l'avons dit- qui stopperait ipso facto les flux migratoires et restaurerait un équilibre clé au Moyen Orient, une Europe établissant une politique migratoire cohérente -en bannissant le multiculturalisme et son fruit le communautarisme-, en travaillant fortement et étroitement avec les pays du pourtour méditerranéen, particulièrement les pays du Maghreb exposés à la poussée de l'islam radical, une Europe qui se trouverait des leaders nationaux, au fort charisme et à la vision nouvelle, pour rétablir le primat des nations et des souverainetés nationales.

Pour trouver ces nouveaux dirigeants, il y a une révolution à opérer que l'on pourrait nommer la "démondialisation" chère à l'économiste Jacques Saphir, ou la "décroissance" appelée de ses vœux par le Pape François. En d'autres termes, le retour à des espaces et à des identités où la dignité humaine est centrale, où l'homme ne se noie pas, où il redevient un "homme culturel" -avec son passé, son histoire, ses croyances- et, déconstruit "l'homme économique" qu’il était artificiellement devenu.

Pour opérer cet aggiornamento, les volontés individuelles et collectives sont requises et doivent être révolutionnaires et sans concession. Dans ce but, la Providence de l'Histoire ne serait pas de trop.


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