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On a tous le droit au bonheur ? Quelle connerie !

On a tous le droit au bonheur ? Quelle connerie !

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Deux fois cette année que j’entends la phrase la plus conne au monde : « On a tous le droit au bonheur. » Non seulement c’est la phrase la plus conne du monde mais elle est également la plus a-littéraire qui soit, une phrase où la négation  de la dimension tragique de la vie est revendiquée.  Cette phrase vint à mes oreilles après avoir été prononcée par un homme politique et un présentateur TV, deux hommes qui font profession du mensonge, pour justifier leur conduite. Le premier a prononcé cette phrase le jour où il a annoncé sa répudiation à sa femme. Le second a fait cette déclaration dans Paris Match pour justifier d’avoir eu recours à la GPA avec son mari.

Parce que j’ai des réflexes misogynes, je pensais que seule une femme pouvait suggérer une telle bêtise dans la bouche d’un homme : dis-lui que toi aussi tu as le droit au bonheur ! Force est de constater que l’homme s’est suffisamment féminisé pour oublier sa vocation séculaire à l’héroïsme et épouser les attitudes de celles qui exercent le plus vieux métier du monde. Quant au présentateur TV mascotte de la théorie du genre, son objectif étant de prouver que l’homme est une femme comme les autres, il peut bien en épouser les éléments de langages. Quand une femme quitte un homme, elle dit qu’elle étouffe, qu’elle a besoin de respirer, etc. Quand un homme quitte une femme désormais, il dit publiquement : on a tous le droit au bonheur. Bien sûr le présentateur TV ne quitte pas de femme puisqu’il est homo, il se contente juste de se faire fabriquer un enfant par une femme qui ne sera jamais la sienne, la différence entre nos deux hommes à partir de ce moment-là est mince et ne réside que dans le choix de la dialectique de la défense.

On est un con et il adore ses limites

Dégageons nous du petit homme politique et du présentateur TV, car il ne s’agit ici presque pas de morale, mais simplement d’intelligence et d’honneur. Concentrons-nous sur la phrase en question : on a tous le droit au bonheur.

On  est un con bien sûr, donc rien d’étonnant qu’il soit le sujet d’une aussi grande médiocrité. Autant dire que personne ne se sentira propriétaire de la phrase. C’est quelqu’un qui m’a dit. Et de bouche à oreille, la bêtise se répand comme une rumeur. Et avec la rumeur, bien sûr, vient le désir d’y croire.

Une fois le sujet démoli. Considérons ce fameux bonheur. C’est quoi le bonheur ? Un bon bain chaud, une andouillette à la moutarde, une éjaculation tardive, un bâillement, un kilogramme de chocapic, un reflet infidèle dans le miroir, un concert d’applaudissements,  une bonne série télévisée, une grasse matinée, un joli compliment, un saut à l’élastique ? Difficile à définir surtout pour moi qui ait passé mon adolescence à dire que le but n’était pas de réussir sa vie… La modernité s’est échiné à déraciner le bonheur pour en faire un concept abstrait, personnalisable, tout relatif à tout. Alors même que l’honnêteté intellectuelle sait que le bon, le beau et le vrai sont indissociables.

Enfin venons au milieu de la phrase et ce fameux droit à qui sonne en creux comme l’absence de devoirs. Ce droit à rappelle une revendication syndicale mais adressée à qui ? A personne ? A tous ? Au père Noël sans doute, je ne vois que lui. Cette phrase n’est absolument pas contenu dans une prière quelconque, non, elle est simplement imposée au monde de façon unilatérale dans une révolution permanente de l’ego contre tous les donneurs de mauvaise conscience, un tout à l’égo dirait le petit homme politique adepte des formules. Au-delà de la violence qu’elle impose aux autres, cette revendication a surtout quelque chose de puéril, on assiste au retour au stade moi et les autres.

On a tous le droit au bonheur ? Cela supposerait que l’on ne jouisse pas au détriment d’autrui déjà, ce qui est rigoureusement impossible. Par ailleurs, ce droit au bonheur est une exigence qui va buter sur le réel. Le réel, c’est quand on se cogne disant Lacan. Et bien quand le petit homme politique et le présentateur TV se cogneront ils découvriront que l’on a, de naissance, droit à rien, que le droit est une invention humaine pour passer le temps, se donner l’illusion d’une perpétuité en caricature de l’éternité à laquelle nous aspirons réellement. On a surtout le droit à la maladie, à la vieillesse, à voir mourir ceux qu’on aime avant d’espérer une agonie la plus propre possible. Droit à jouir furtivement, droit à souffrir en silence, dans un même halètement qui résume à lui seul tout le pathétique de notre race humaine. Droit à mourir. Rien d’autre. A partir de là il nous reste juste à tenter d’être honnête entre les deux bornes de notre vie qui nous sont données.

Sentence diabolique

L’objectif du slogan revendicatif « on a tous les droit au bonheur » tend bien évidemment à provoquer un choc de simplification du réel, c’est-à-dire à supprimer tout ce qui emmerde les uns et les autres dans leur projet. Ainsi le présentateur TV évacue-t-il la biologie qui excluait qu’il puisse envisager d’avoir un enfant avec un homme, ainsi évacue-t-il la marchandisation du corps de la femme et de l’enfant qu’il se fabrique en prétextant que les choses se font respectueusement. Le cynisme capitaliste s’est depuis quelques années drapé dans les beaux habits de l’humanisme scrupuleux, le matérialisme triomphe au travers de ce fameux droit au bonheur… Ainsi le petit homme politique évacue-t-il les promesses publiques formulées à sa femme, la nécessité d’être un exemple pour ses enfants, d’agir avec honneur, c’est-à-dire en honnête homme. Comme la barre est trop haute, on passe en dessous et on regarde ses pieds, on adore ses limites. A force de faire des marches de la fierté de tout et n’importe quoi, on finit par ne plus avoir honte de quoi que ce soit, on exhibe ses limites, on les adore et on dit que c’est le ciel.

Le simple fait de tenir ses promesses, d’avoir le sens de l’honneur, l’ambition d’agir en chevalier, d’assumer ses croix plutôt que ses choix, tout ça a-t-il déserté la race humaine ? Le désir de l’homme prime et le reste doit s’adapter. On ne lésine pas sur les moyens pour ce faire. On convoque la société toute entière pour qu’elle fasse des lois qui nous justifient. On convoque la biologie pour qu’elle se prête à nos plans eugéniques. L’homme devenu un monstre d’égoïsme, n’hésite pas à convoquer le cosmos pour demander à inverser les définitions, à réécrire la vérité, à faire en sorte que ce qui a existé n’ait pas existé. On convoquerait volontiers Dieu lui-même si on ne croyait pas d’abord en soi-même.

On savait que le capitalisme avait une propension à vouloir sortir les sociétés de l’histoire, nous constatons aussi qu’il pousse les hommes à sortir de leur propre aventure. A ce rythme, on peut craindre que certains se vident d’âme avant leur mort. C’est sans doute ça la clé du bonheur auquel on a droit : renoncer à toute vie intérieure. A ce prix, je préfère souffrir.


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