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Pas de souveraineté sans frontières…

Pas de souveraineté sans frontières…

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Cette fois, l’ennemi est nommé : « COVID-19 ». Et personne ne le conteste. Dieu merci, nulle voix ne s’est encore exprimée pour dire qu’il « faut éviter l’amalgame ». « Qu’il y a des circonstances atténuantes ». « Que c’est un hasard si on a entendu le cri qu’on a entendu ». « Que, grâce au virus, la planète tourne mieux ou rond, qu’enfin on va défendre notre pré carré ». Aucun bel esprit habituellement tenant du politiquement correct ou amateur de la théorie de la décroissance n’a osé dire que l’espèce humaine n’a que ce qu’elle mérite, mais qu’au moins l’espèce animale est mieux sauvegardée.

Enfin, l’ennemi est nommé, dès lors il est clair qu’il faut le combattre. « Nous sommes en guerre » a martelé le président. Il y avait longtemps…Encore faut-il en avoir les moyens. Encore faut-il avoir la liberté d’action et la volonté politique. ‘Quoi qu’il en coûte’… on retrouve la vertu du politique. Alors on mobilise, on réquisitionne, on se mobilise. Dans cette belle communion d’efforts, on retrouve la France unie. Plus question de respecter les critères de Maastricht, de se coucher devant les derniers tweets du furieux Donald et de l’oncle Picsou américain.  C’est de souveraineté nationale qu’il est question. A la bonne heure, il est temps de défendre nos intérêts. Mais comment ?

La souveraineté s’exerce par principe sur un territoire et jusqu’aux confins de celui-ci. Et jusqu’à preuve du contraire, la souveraineté nationale n’a de sens que sur un territoire national délimité par des frontières. Bien sûr la taille du territoire et les moyens de le défendre évoluent. Au temps de Cro-Magnon, l’unité de lieu était les frontières du champ. Au Moyen Age, les frontières du duché ou du comtat valaient autant que celles du pays. Et aujourd’hui, il faut bien avouer que certains enjeux se mesurent à l’aune des frontières européennes. Nous y reviendrons. Mais puisqu’il est question de souveraineté nationale, il est question de frontières nationales. Frontière, un mot tabou depuis Schengen, mais qui, dès lors que l’on tient et l’on nomme un ennemi, retrouve tout son sens.

Car la frontière, c’est la porte d’entrée. C’est le pont levis que l’on referme quand les barbares arrivent. Pas juste pour se recroqueviller et s’enfermer sur soi-même, mais pour accueillir et protéger les faibles – serfs et paysans. Il est nécessaire que la frontière soit gardée pour cela. Est-il admissible qu’aujourd’hui on laisse entrer n’importe qui, un terroriste qui s’en prend aux citoyens du pays, ou n’importe quoi, une marchandise contrefaite qui concurrence un champion économique national…et même un virus mortifère dont nous étions prévenu et que nous avons laissé passer sans y prendre garde ? Car une frontière doit être gardée, par la douane et l’armée, pour protéger à l’intérieur et accueillir à l’extérieur.

Mais la frontière, ce n’est pas que la porte d’entrée. C’est aussi le cadre jusqu’où s’exerce la souveraineté nationale. C’est un fondement de l’organisation. Les décisions du Président, la levée de l’impôt, et aujourd’hui les lois sur le confinement, l’activité partielle, s’appliquent de Menton à Posporden, de Mulhouse à Hendaye. Si on ne connaît pas la frontière, on ne maitrise pas l’action. La pire erreur serait de croire que la mondialisation abolit les frontières. Et c’est justement la leçon de cette crise que nous traversons. Pourtant, nous étions déjà au parfum. Les libertaires avaient essayé de montrer qu’avec Internet, tout était devenu virtuel, mais les études sur la cybercriminalité rétablissent le rôle de l’URL, de l’hébergeur et de l’éditeur donc de l’identité et des nationalités des acteurs digitaux, et surtout l’importance du droit, de la reconnaissance de la géographie et des personnes.

Enfin, la frontière n’a pas qu’un but défensif. La frontière, c’est le point de départ de la conquête, des grands projets nationaux, de l’idéal et des aspirations, à l’heure où se prépare l’après COVID-19. Demandez aux Américains ce qu’est la frontière au temps de Kennedy, lui qui prononça ce discours célèbre le 15 juillet 1960 au Los Angeles Memorial Coliseum à la Convention d’investiture du Parti Démocrate.  « Mais je vous dis que nous sommes devant une Nouvelle Frontière […], que nous le voulions ou non. Au-delà de cette frontière, s'étendent les domaines inexplorés de la science et de l'espace, des problèmes non résolus de paix et de guerre, des poches d'ignorance et de préjugés non encore réduites, et les questions laissées sans réponse de la pauvreté et des surplus ». La « nouvelle frontière », celle qui fait se lever les yeux. Vers l’espace, vers l’inconnu, vers ce qui rassemble, mobilise et amène le pays à viser un avenir prometteur et audacieux.

Il est temps de restaurer la frontière, pour remobiliser le peuple français en quête d’identité et de projets. Mais aussi pour fédérer le peuple européen. Car les défis de demain, qu’ils soient technologiques, spatiaux, écologiques, peuvent et doivent se construire à plusieurs. Après tout, la période actuelle nous fait vivre une forme de guerre, et réaliser l’importance de vivre en paix avec ses voisins. Et dans ce confinement qui recentre sur l’essentiel mais frustre, nous pouvons retrouver le goût et l’énergie de construire activement demain.


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