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De l’illusion financière à l’illusion écologique

De l’illusion financière à l’illusion écologique

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L’illusion financière est la croyance selon laquelle les mécanismes financiers sont des lois intangibles auxquelles il n’y aurait d’autres issues que de s’y soumettre. Voici le programme de ce livre 1 écrit de main de maitre par le jésuite économiste, Gaël Giraud. Loin d’être un pamphlet, il est une vraie réflexion sur la dérive actuelle de la finance et des impasses vers lesquelles elle mène. Cet ouvrage prolonge en langage économique simple et accessible la doctrine sociale de l’Église.

Les causes de la crise expliquées


Gaël Giraud, normalien, fut consultant bancaire, employé pour évaluer des produits financiers avant de devenir un des jésuites les plus connus en France. Ce parcours atypique est indissociable des thèses et constats avancés dans son ouvrage. En effet, durant sa vie civile, il s’aperçoit que les banquiers ne savent pas évaluer réellement des risques des produits qu’ils vendent. Ce sont les fameux subprimes et autres produits de titrisation, ces investissement ayant permis à des ménages américains défavorisés d’accéder à la propriété. La suite, nous la connaissons, c’est le début de crise financière avec l’écroulement du schéma de Ponzi du financement immobilier américain, la faillite de Lehman, la crise bancaire puis la crise de solvabilité des états européens. Résultat : une perte de 25 000 milliards de dollars de richesse. Tout cela est archi-connu mais la cause de cette crise se fait bien plus discrète. Elle réside dans ce que l’auteur appelle le « messianisme de l’accession à la propriété ». En effet, nombre de politiques et de financiers, tels Bush, Clinton et Greenspan, ont aidé activement à développer cette idéologie qui consiste à favoriser par tous les moyens le développement d’une société de propriétaires immobiliers. Georges Bush, lui-même, l’expliquait dans ses discours : « Nous sommes en train de créer une société de propriétaire dans ce pays », de même, Alan Greenspan, ancien directeur de la FED, persistait et signait après la crise : « Je croyais à l’époque et, je le crois toujours, que les bénéfices de l’extension de la propriété immobilière valaient la peine de prendre des risques ». Mais l’utopie qui était devenue une véritable religion s’est écroulée violemment comme un château de cartes. Le système financier a fait un collapsus qui a entrainé une paupérisation de la classe moyenne.

La finance soumise pour servir la transition écologique


Pendant ce temps, les banques et les marchés financiers n’ont que peu été inquiétés étant jugés les piliers de notre société. Et pourtant, ils sont en grande partie responsables. Ce sont les serviteurs de cette utopie, de cette religion de l’économie. En effet, pour le chercheur Gaël Giraud, et contrairement à ce qui est diffusé dans la société, les marchés ne sont ni efficients, ni complets car ils ne permettent pas la meilleure allocation des ressources possibles et ne couvrent pas tous les risques. Pour le jésuite, le comportement des marchés financiers n’est pas celui de la promotion du bien commun, bien au contraire, il incite à « anticiper ce que pensera la dictature de la majorité ». Cet esprit moutonnier consacre l’erreur de la volonté humaine qui devient mesure de toute chose. Sa force est aussi de s’imposer face au pouvoir politique. On l’a vu, la dictature des marchés a réussi à prendre le pouvoir en Grèce, en Irlande et en Italie, au travers le changement d’exécutif sans aucune élection, dans le but de rembourser les créanciers. La solution de Gaël Giraud, c’est la soumission de la finance à un strict contrôle, à une régulation forcée, à une reprise en main par le pouvoir politique. Pour cela, il propose la séparation des banques entre celles qui seraient commerciales (dépôts et crédits) et celles, plus spéculatives, qui seraient les banques d’affaires. Cette séparation permettrait à chacune de ces entités de fonctionner indépendamment, de ne pas cumuler les risques et de remplir réellement leur rôle social : faciliter la circulation de monnaie et donc créer de la richesse. Il suggère aussi, de « replacer la direction de la Banque Centrale sous une autorité politique démocratique qui aura des comptes à rendre auprès de ces citoyens ». Tout ceci pour financer ce qui lui tient le plus à cœur : la transition écologique. Son raisonnement est simple. La richesse, ces quarante dernières années, a été bâtie pour les 2/3 sur une augmentation de l’utilisation de l’énergie fossile. Ce qui n’est pas tenable à long terme. Alors, il faut financer les énergies renouvelables, améliorer les transports, moins polluer. Le hic, c’est que cela coûte cher et ne rapporterait pas beaucoup en termes de rendement pour les investisseurs (moins de 1 % pour des investissements de plus de 600 milliards). Ainsi une remise au pas des marchés financiers, une reprise en main des Banques Centrales constitueraient les moyens de diriger le monde vers cette transition. Ce serait soumettre l’idole pour servir la création. Voici un projet, digne selon l’auteur, de la nature humaine inspirée par l’Esprit Saint. En effet, de « tous propriétaires » égoïstes, il propose d’organiser une société respectueuse de la création divine.

Une Europe retrouvée ?


Toutefois, sa réflexion ne s’arrête pas là. Il sait bien que ce projet pour réussir ne peut que concerner un vaste domaine géographique. En effet, si la création est un bien commun, elle concerne tout le monde et, en premier lieu, l’Europe. Mais pas celle d’aujourd’hui, pas cette construction basée sur une relation typiquement marchande dont l’euro est le plus révélateur. Pour lui, l’Europe actuelle consacre la prise de pouvoir par la sphère financière, des élites contre le peuple. C’est le triomphe de l’ordo-libéralisme qui « repose très précisément sur cette idée que la prospérité matérielle doit tenir lieu de fondement de la souveraineté politique ». La monnaie unique est une erreur. Elle n’est ni un bien privé, ni un bien public mais un bien commun. Il faudrait la remplacer par une monnaie commune dont la parité serait calquée sur son ancien fonctionnement, le SME (système monétaire européen). L’auteur va même plus loin en suggérant, tel les partis les plus extrémistes, que « de sorte qu’étant construite sur des dogmes, la zone euro (voire l’UE) s’effondrera peut-être comme l’URSS ». Sa solution est, là aussi, un peu utopique, c’est retrouver le sens du dialogue, recréer l’UE sur un vrai but politique commun, la sauvegarde de la création terrestre en soumettant définitivement le pouvoir économique et marchand au pouvoir politique. Dans son dernier chapitre, intitulé « Le veau d’or », Gaël Giraud reprend son habit religieux pour nous mettre en garde contre notre passivité. Après avoir rappelé les différents références bibliques sur le sujet de l’idole, il note : « Le combat est encore plus considérable pour les épargnants fortunés qui perçoivent la plus grande part de la rente de ces opérations sans même participer aux paris d’argent qui l’ont générée » ou encore, parlant du comportement de cette génération de rentiers : « qui implique une complicité collective au moins passive, avec l’idolâtrie financière qui n’est pas sans rappeler la terrible banalité du mal dont parlait Hannah Arendt. ». On regrettera qu’il n’aille pas plus loin sur ce sujet en faisant par exemple, la promotion de l’éclosion d’une vraie finance catholique, sujet qui pourrait compléter utilement ses thèses.

Gaël Giraud a l’originalité des non-alignés. Son discours est clair, ses thèses sont rigoureuses et soumises à une vraie rigueur scientifique ou de temps en temps perce l’enseignement religieux. Toutefois, son parti pris de remplacer une utopie par une autre en raison d’un but supérieur, la défense de la création, peut paraitre sous certains aspects pratiques aussi totalitaires que la dictature de l’argent qu’il dénonce.
  1. Illusion Financière, Gaël Giraud, Les éditions de l’atelier, édition de poche

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