Journal de Bord J3
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Journal de Bord J3
On s’est laissé engluer dans cette mélasse de justiciers en celluloïd, ces hercules de bazar qui s’ébrouent dans le fracas des pixels pour amuser la galerie. Tout ce tintamarre de sauveurs patentés, c’est de la poudre aux yeux pour faire oublier le naufrage. Ce qu’il nous faudrait, ce n’est pas cette quincaillerie de super-pouvoirs, mais la discrète noblesse de ceux qui savent reprendre le temps. Des gens de peu, de rien, mais de cœur, qui ne s’érigent ni en censeurs ni en geôliers de la pensée.
On crève de n’avoir plus que des gardes-chiourme là où il nous faudrait des jardiniers de l’âme. Des êtres qui défrichent le roncier du monde, qui épaulent sans bruit, qui glissent un mot comme une béquille au milieu du marasme. Redresser le temps. Ne plus galoper après la seconde qui dévore, mais la tenir, la pétrir, en faire un refuge, une clairière de silence au milieu du vacarme. Transformer la minute de plomb en un instant de lumière, où l’on pourrait enfin regarder le vide et la beauté sans avoir à se justifier.
Des passeurs d’invisible, voilà le vrai courage. Redonner au monde sa lenteur, sa profondeur, pour qu’au détour d’un livre ou d’un chemin, l’homme s’arrête, s’étonne encore, et oublie, une seconde pleine, qu’il est en train de s’éteindre.



