Le courage contre son époque
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Le courage contre son époque
On s'est trompé sur Underdog (éditions Séguier). On l'a présenté comme un livre sur Sylvester Stallone, parfois comme une réhabilitation des vaincus. C'est plus profond que cela. Bruno Marsan n'écrit pas le roman des perdants ; il écrit celui d'une vertu devenue presque suspecte : le courage. À une époque qui psychologise les échecs, excuse les renoncements et préfère les victimes aux combattants, son livre rappelle qu'un homme se construit moins par ce qui lui arrive que par la manière dont il décide d'y répondre.
L'alternance entre la vie de Stallone et les souvenirs béarnais du narrateur prend alors tout son sens. « Mais je vois bien que personne ne saisit le rapport entre ces souvenirs béarnais et Sylvester Stallone », écrit Marsan. Justement : il ne s'agit pas de rapprocher deux existences mais de montrer qu'elles obéissent à la même loi intérieure. Le courage n'est pas une qualité exceptionnelle ; il est une discipline quotidienne. Celui qui permet de continuer malgré l'humiliation, malgré le ridicule, malgré la certitude de perdre.
Stallone n'est d'ailleurs jamais célébré comme une star. Ce qui intéresse Marsan est cet homme auquel tout semblait interdire de réussir : un visage paralysé, des refus à répétition, la misère, les humiliations. Le mot qui revient comme un refrain est celui de « bum », le bon à rien, le laissé-pour-compte. Mais Rocky n'est pas l'histoire d'une victoire ; c'est l'histoire d'un homme qui refuse d'abdiquer. « Tout ce que je veux, c'est tenir la distance », dit le boxeur. Cette phrase pourrait servir de devise à l'ensemble du livre.
C'est précisément là que le roman devient politique, au sens le plus noble. Non parce qu'il distribue des opinions, mais parce qu'il interroge les valeurs d'une civilisation. Derrière les souvenirs du Béarn, les pages consacrées à Hollywood ou le retour en France, Marsan pose toujours la même question : que devient une société lorsqu'elle ne transmet plus le goût de l'effort, de la fidélité et de la persévérance ? Son diagnostic est sévère, mais jamais doctrinaire. Il ne regrette pas un passé mythifié ; il constate la disparition progressive d'une certaine idée de la dignité.
Cette réflexion serait abstraite sans une véritable écriture. Or Bruno Marsan possède un souffle peu commun. Sa phrase est ample, narrative, nourrie de références qui ne servent jamais de décoration. L'alternance des registres, de l'intime au biographique, de l'essai au roman, compose une architecture d'une remarquable maîtrise. On pense moins à une biographie qu'à une vaste méditation sur la formation des caractères.
C'est peut-être cela, finalement, la réussite d'Underdog. Nous rappeler que le courage n'est pas une vertu spectaculaire. Il consiste simplement à rester debout quand l'époque nous invite, chaque jour davantage, à nous asseoir.



