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Les bourgeois de Calais, la genèse de l’œuvre

Les bourgeois de Calais, la genèse de l’œuvre

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Michel Bernard a composé, sur la base des courriers échangés entre Auguste Rodin et Omer Dewavrin, le roman de la naissance du monument des Bourgeois de Calais. Pour qu’une œuvre sorte du néant, il faut qu’il se passe des choses dans les coulisses de la création. Ainsi, avant que nous rencontrions les six bourgeois de Calais qui s’humilièrent volontairement pour sauver leur ville, il a fallu la détermination d’un notaire de province, simple élu local de la République, cet Omer Dewavrin, vrai héros de ce roman, et à qui l’humanité tout entière est redevable. Un petit bourgeois se fit Médicis, pour permettre à une œuvre d’exister, à Rodin de manifester son génie. Le monument qui intrigue, fascine à travers le monde, est donc certes le fruit d’un artiste, mais aussi d’une vision politique, et encore d’une amitié profonde.

Michel Bernard écrit comme on peint un tableau, et nous voyons le maître myope toucher pour donner vie, pour donner âme et états d’âmes aux six hommes. « Le mouvement engendrait les ombres et les ombres étaient le mouvement. » Nous voyons le maître chaque jour ruminer le travail du lendemain, flâner en lui-même pour parvenir à incorporer l’événement historique de ces six bourgeois qui se livrèrent par héroïsme au roi d’Angleterre. Omer Dewavrin ne comprenait pas vraiment Rodin, pourtant une intime conviction le poussait à le choisir, l’imposer et l’accompagner jusqu’au bout, jusqu’à pousser le maître enfin à laisser l’œuvre lui échapper.

Et l’œuvre est là sous nos yeux : « Les bourgeois étaient comme des danseurs, des corps mus par la force des âmes, qui frémissaient devant la mort. » Cette statuaire des six révèle en creux la foule qui les entoure, celle d’hier, mais encore celle d’aujourd’hui et de toutes les générations qui suivront. Elle a donc l’effet d’un mémorial et nous incorpore sans cesse à l’événement reproduit, elle est une réponse à notre désir de se vautrer dans l’énigme universelle, celle de l’être. En effet, « L’œuvre livrée aux regards s’épanouissait. » et continue de manifester la vie : un désordre et une harmonie.

Texte publié une première fois dans Le Bien Commun n°37 de Février 2022 (https://lebiencommun.net/kiosque/)


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