Marc Alpozzo : Soyons sages !
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Marc Alpozzo : Soyons sages !
Avec son petit traité, Marc Alpozzo nous lance un défi : parler de vertu aujourd’hui. Défi pour distinguer de toutes ses caricatures dont la morale, la pureté, etc. Autre défi : « dépasser la critique nietzschéenne et acerbe du christianisme ou du kantisme. » Et pour le relever, il a choisi de suivre les philosophes antiques et les anciens afin de retrouver la concorde et la liberté. « Pour Socrate, la vertu est une capacité au quotidien à vivre en accord avec la loi morale. » Il faut donc encore une fois chercher à relier le juste, le vrai et le Bien. Pour notre philosophe, vouloir être vertueux revient à vouloir vivre en harmonie avec le monde et les autres. Mais ne parlons surtout pas de vivre-ensemble car la vertu touche à l’universel, contrairement à la morale toujours séculaire, selon l’ordre établi du moment, qu’il soit culturel, social, religieux, etc. La vertu ne désigne ni le bien ni le mal, mais ce qui est de l’ordre du bon et du mauvais.
Alpozzo note en effet que « dès que l’on moralise quelque chose, on se risque à l’effet inverse. » La pureté morale et la vertu n’ont rien en commun. La vertu s’éprouve, elle n’est pas conceptuelle. Il faut le vouloir pour être vertueux, il faut adopter une volonté éthique. La vertu souligne donc toujours la primauté de la liberté personnelle sur l’égalité promue pour tous.
Pour Alpozzo, « L’homme vertueux est précisément l’homme mesuré et équilibré. » La vertu est tempérance, et instinctivement j’y devine un culte de la juste mesure qui me prend à rebrousse-poil. En effet, la vérité de l’être est souvent outrancière comme le reflet du combat qui l’anime. Mieux vaut avoir tort qu’être faux ? La vertu condamnerait-elle l’homme à être faux dans sa chair pour avoir raison dans l’esprit ? Serais-je semblable dans ma réaction à Charles Péguy qui déclare : « Le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » Eh oui, la vérité, celle qui crie, mérite la chair !
Marc Alpozzo me répond, c’est l’objet même de son petit traité de le faire. Pour lui, la vertu est ce qui élève l’homme au-dessus de lui-même. Elle est donc une des réponses, avec l’art par exemple, à la vérité de l’être qui est de tendre à dépasser sa propre nature. L’art, l’éthique, le sacré, même combat. Si Alpozzo prône l’alliance de la raison et du Bien, il évoque aussi la conversion du regard. C’est une question d’ordre et de priorité. Il faut d’abord contempler puis penser, pour échapper dans une sagesse à la pensée sous forme de slogans. Il s’agit par l’exercice de la pensée et de la discussion d’échapper à la dialectique, de rechercher la vérité avec son interlocuteur, ensemble, sans chercher à le convaincre en alignant les arguments pour rallier à son opinion comme on cherche à gagner des parts de marché. Rien d’abstrait dans la vertu, c’est en acte qu’elle se mesure, on l’a dit. Elle ne s’enseigne pas mais se découvre à mesure que l’on agit, que l’on discute et que l’on assume sa responsabilité individuelle. « Il nous faut d’abord reconnaître notre ignorance, pour ensuite examiner notre âme. » pour atteindre la vertu, il s’agirait donc de devenir philosophe ? Marc Alpozzo nous propose cette formule qui allie sagesse et incarnation : s’enraciner dans l’idéal.
Petit traité de la vertu, essai de Marc Alpozzo, Guy Tredaniel éditeur, 130 pages, 9,90€



