Richard de Seze et le charme réactionnaire
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Richard de Seze et le charme réactionnaire
Voilà de la littérature pour les amis nous dit l’auteur, c’est dire à la fois son humilité et sa grande générosité. Richard de Seze nous livre un récit du confinement qui est un précis d’humour et d’esprit. Dans l’esprit français, avec des accents narratifs qui rappellent l’excellent Philippe Muray, Parisiens en exil dresse le portrait d’une famille de Parisiens éveillés, pour ne pas dire woke, ayant opté bon gré mal gré pour l’exil rural pendant la crise Covid. Il s’agit de Réginald et de Quitterie et de leurs deux enfants Cerise et Matteo. Rien d’exagéré ou de caricatural chez ces spécimens, ils sont exemplaires, de gauche dans la juste mesure, infatué d’appartenir au camp du bien, de cheminer sur cette ligne de crète du progrès sans verser dans le militantisme outrancier. La bonne conscience est transmise à leurs enfants sur toutes les bêtises du moment : le genre, l’écologie, le patriarcat, l’ouverture à l’étranger, etc.
Mais ce serait bien trop simple s’il n’y avait pas le réel… La campagne va à la fois les prendre à rebrousse poils et les convertir aux bonnes choses, voire, mais ce n’est pas gagné, au bon sens. En effet, cette terre inconnue qu’il rejoigne forme « une conspiration inconsciente mais efficace contre les citadins » et soyons bien conscients qu’aux yeux de nos Parisiens, les citadins sont les citoyens exemplaires, c’est à dire de parfaits militants de la chose publique.
S’ils ont saisi l’opportunité de migrer à la campagne, c’est que Jean, l’ami de Réginald leur a proposé de leur prêter la maison de famille. Cadeau empoisonné, car la maison de Jean est un refuge réactionnaire, des conserves jusqu’à la bibliothèque ! Quitterie est sur ses gardes : « C’est une maison de réac » ! En effet les livres pour enfants, du père Castor ou autre, sont remplis de préjugés ethniques, et d’un christianisme si identitaire… Le diable est dans les détails bien sûr et Quitterie le traque, tout en convenant que Jean est bien gentil de leur prêter la maison. Ce serait indélicat de juger définitivement les gens, même en temps de guerre…
À distance, le couple œuvre via le monde virtuel, à l’autocélébration en distanciel des collectifs et n’oublient jamais de rappeler que « le président Macron fait tout ce qu’il est humainement possible de faire pour nous épargner le pire : le repli nationaliste. » Les objections de Réginald aux mauvais coucheurs vis-à-vis de injonctions contradictoires étatiques sont ponctuées d’un vaniteux #penséecomplexe. « On ne peut pas laisser les réactionnaires gagner la bataille de l’opinion (…) Le gouvernement a forcément raison. »
Pour eux, la nature est d’abord un concept, c’est la raison pour laquelle le réel devient hostile. La pauvre Quitterie n’est pas au bout de ses peines, car se promenant dans un chemin forestier, elle se fait renverser par une laie. « Cette prolifération des animaux sauvages est un fléau. » Et puis il y a les supermarchés, le magasin de bricolage… Leur rencontre de la société des gens réels voit leurs représentations caricaturales du monde rural s’effondrer : non on n’appelle pas le voisin père machin, non la cuisine n’est pas faite de bassines à l’ancienne mais d’ustensiles tout à fait modernes. « C’était comme un immense bizutage sympathique », confie Réginald.
Les certitudes se fissures au regard du vécu. Les contradictions du système de pensée parental sont relevées par les enfants, Cerise et Matteo. Face à sa femme rééducatrice, ou face au bon sens du voisin, notre Réginald ponctue sans cesse par un éloquent « oui, bon, enfin. » Il faut croire que les discours le fatiguent, qu’il a besoin de mettre sur pause toute cette production de raisonnements. Et il faut bien avouer que la réaction a un charme fou : la viande est bonne, l’air est libre, les voisins généreux… comment rester vigilent ? Le confinement est une chance pour que les enfants retrouvent l’innocence, joie spontanée et curiosité grâce au réel. Jean au téléphone distille avec gentillesse quelques conseils et de discrets sarcasmes. Face à Réginald qui se pose des questions sur les mauvaises herbes à laisser ou à arracher, il répond : « Ne cherche pas à comprendre, en effet, tu fais ça très bien depuis que tu votes. » Jean ne cherche pas à convaincre à coup d’arguments mais manifeste à moments réguliers ne pas être dupe. La réconciliation en France se fait toujours autour de la gnole et dans le verbe haut et c’est ainsi que Réginald fini par accorder son oui, bon, enfin au bon sens de son voisin.
Si nous rions de ces Parisiens en exil, de leurs représentations du monde rural, et de leur catéchisme moderniste rabâché sans cesse à côté de la plaque, nous les regardons avec attachement, car ce couple nous ressemble un peu tout de même. Bien sûr, et nous nous en félicitons, nous ne sommes pas aussi éveillés qu’eux, mais les réflexes citadins nous collent à la peau. Le bobo sera le genre humain ! scandent désormais les faubourgs.
Parisiens en exil est un délice récréatif, une réjouissance pour l’esprit et puisque nous parlions des poèmes narratifs de Philippe Muray, goûtons cette petite phrase truculente de Richard de Seze « quitterie, qui est très rituelle, surtout depuis qu’elle n’est plus catholique. » Ce récit est à filer à ses amis puisqu’il a été écrit pour des amis, qu’ils aient été covidiques ou non, d’ailleurs.
Dans sa postface, Richard de Seze rappelle néanmoins que la réalité de la crise sanitaire fut moins drôle, et plus scandaleuse bien sûr. Et nous n’avons pas oublié cette expérimentation mondiale de gouvernance du parc humain, nous n’avons pas oublié les collabos non plus et le cortège des scandales de cette dictature à la petite semaine de la part de ce gouvernement qui était en fait le véritable variant du virus.
Parisiens en exil, récit de Richard de Seze, ed. La mouette de Minerve, 132 pages, 11,50€



