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Un bon samaritain

Un bon samaritain

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Matthieu Falcone, jeune écrivain et journaliste, publie son premier roman : Un bon samaritain. L’expression « bon samaritain », comme chacun sait, vient des Evangiles et définit la personne tournée vers son prochain et encline à l’aider. Mieux encore, c’est celui ou celle qui dépasse ses a priori culturels pour se porter au secours de l’autre, qui fait preuve d’une sorte de bonté universelle. On sait qu’au temps de Jésus, Juifs et Samaritains se détestaient copieusement. Malgré la défiance mutuelle, un Samaritain sauva un Juif attaqué par des brigands et laissé pour mort au bord du chemin. Il devint ce « bon samaritain » ayant audacieusement bravé l’interdit culturel, personnage dont on parle encore deux mille ans plus tard.

Il y a aujourd’hui un contexte de tensions migratoires partout en Europe. La France est bien sûr confrontée au phénomène. Le sujet, incontournable, s’impose au cœur des foyers familiaux, de façon inattendue parfois. Dans le roman, c’est le cas chez Pierre et Mylène Saintonge, et l’on peut dire que ce thème clivant n’y fait pas l’objet de consensus : « Mylène se tairait un instant avant de revenir à la charge, très calmement, pour faire remarquer à Pierre que son pape, appuyant à dessein sur le possessif, malgré les protestations de l’homme, que son pape, donc, n’avait de cesse de demander aux Européens d’accueillir tous les migrants, et que si c’était la seule chose que son pape disait de bien, il serait bon qu’il l’entendît, et elle n’écouterait pas Pierre monter sur ses grands chevaux, comme elle disait, quand il essaierait de lui faire comprendre que ce n’était pas son pape et que ce pape sud-américain ne comprenait rien à la géopolitique de l’Europe et que, de toute façon, il n’avait nulle autorité à ce sujet et qu’il ferait mieux de se mêler moins de politique et de s’occuper davantage de ses ouailles et remplir les églises d’Europe plutôt que les mosquées. Il avait été piqué au vif, mais sa dernière phrase à lui, c’est elle qu’elle piquerait, qui n’aimait pas son antienne, qu’elle connaissait par cœur, disait-elle, sur l’immigration comme principe d’islamisation de l’Europe. » Ouf ! Quelle empoignade entre le mari et la femme qui intervient peu après une nuit alcoolisée de copains où Pierre à demi-inconscient eût recueilli à leur domicile parisien trois hommes migrants qui avaient échoué devant un immeuble haussmannien. Le syndrome du « bon samaritain » avait donc frappé, pour le meilleur (la dimension morale du geste) et pour le pire (les conséquences concrètes qui s’ensuivraient). L’initiative de Pierre qui impliquait Mylène à son corps défendant, dans un défi aux allures d’inconnu, n’aurait dû leur apporter que joie, reconnaissance et ce puissant sentiment intérieur de la bonne action accomplie, de l’œuvre utile à la collectivité et même, à la famille humaine.

Les trois migrants, venus du fin fond de l’Afrique, ne mettent pas longtemps à être fascinés par la modernité occidentale matérialisée par les chaînes d’information continue. Bien conscients d’être ces citoyens du monde encouragés à l’inclusion communautariste plutôt qu’à l’assimilation à la culture d’accueil, comportement identitaire clanique observé partout en Europe où ils s’établissent à flux constants, ils décident de ne rien changer de leurs habitudes, de ne faire aucun effort qui puisse ressembler à de la bonne volonté, du bon sens, une attitude civilisée. Le séjour de l’appartement des Saintonge devient donc un lieu parfaitement adapté pour se prosterner et réciter les sourates de leur religion. En réaction, Pierre, professeur d’université qui « postule que pas un de ses élèves, dans cette université d’Etat rongée par la bien-pensance qui est la négation de la pensée, gangrénée par les services administratifs et les expérimentations anglo-saxonnes décérébrantes, tenue par les apparatchiks d’un système organisé pour la production de l’ignorance, que pas un, donc, n’a conscience de son être, de son âme », décide de se rendre, ce dimanche matin-là, à l’église pour entendre la messe ; sorte de réflexe pavlovien perdu qu’il extirpe des tréfonds d’une mémoire chrétienne poussiéreuse… Au contact quotidien de ses nouveaux hôtes, Pierre peut affirmer : « Nous n’avons pas la même manière de penser, ni les mêmes préoccupations ni la même conception de la réalité, ni la même passion de la vérité, nous sommes devenus avec le temps des êtres rationnels, certains d’entre eux sont encore à plein dans l’imagination mythique, dans le fabuleux du récit, dans les âges incertains de tous les possibles, et puis le temps, l’espace, tous ces concepts que nous avons théorisés, intériorisés, ils ne les ont pas admis de la même manière que nous, n’y accordent pas la même importance. » Les trois migrants eux-mêmes ne comprennent pas bien la civilisation dans laquelle ils se trouvent immergés : « Pourquoi les gens ne se parlaient-ils pas ou si peu, voulaient-ils savoir, pourquoi nul ne regardait son voisin et pourquoi les hommes et les femmes semblaient-ils si étrangers les uns aux autres ? » ; « Ils m’ont ensuite demandé où étaient mes enfants et je leur dis que je n’en avais qu’un, et ils voulurent savoir si je n’avais pas de filles et ils conclurent que Dieu n’avait pas été généreux envers moi. Ce n’est pas Dieu mais ma femme qui n’en a pas voulu plus, leur avais-je dit, ce qui les avait mis dans un état de perplexité d’où ils ne sortirent qu’en éclatant de rire et je sentis que j’avais perdu quelque valeur à leurs yeux. »

Aman, Jaffar et Yaya ont vite su où ils avaient mis les pieds, ils ont « pu ouvrir le robinet des lamentations et des récriminations » ; « Aman avait compris le jeu qui intéresse les médias en France, il avait saisi sur quelle corde il faut jouer. Il savait que l’on intéresse en se faisant passer pour une victime, et que c’est ainsi que l’on sape lentement toutes les bases sur lesquelles repose l’édifice dont les Occidentaux sont si fiers, si orgueilleux et qu’ils imaginent si solide, alors même qu’il est au bord de s’écrouler. » Matthieu Falcone, avec sa parabole contemporaine où affleurent la question de notre identité et celle du choc des civilisations, nous interroge, « nous » en tant que « civilisation chrétienne », sur un enjeu décisif : peut-on sans risque emprunter la figure du « bon samaritain », ce qui est finalement l’essence du chrétien, et accueillir par ce mouvement généreux une misère, puis une autre, et ainsi de suite avec toutes les misères du monde ? L’accueil inconditionnel de cultures différentes, parfois diamétralement opposées à la nôtre, porte le germe de dilution de notre identité dans un multiculturalisme générateur de tensions, de troubles et de lendemains violents. Puissant questionnement auquel nous proposons la sagesse de la règle de Saint Benoît, édictée au VIème siècle, qui établit que « L’étranger doit être accueilli comme le Christ. » avec toute la prudence qui sied au maintien de la paix, de l’harmonie et du parfait fonctionnement de la communauté en place. Principe bénédictin qui renvoie aux aspects de nombre et de qualité des arrivants, à leur obligation de respecter l’identité historique de l’accueillant, ce que l’Occident, en pure folie, ne croit pas nécessaire d’exiger. Saint Benoît, priez pour nous, ils sont devenus fous !


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