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« J'en ai marre du virus ! »

« J'en ai marre du virus ! »

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             Quand un enfant a peur le soir venu, sa maman vient très vite le rassurer et lui conseille de fermer les yeux très fort en comptant jusqu'à trois. Ainsi le monstre qui est sous le lit ou celui qui se cache derrière la porte du placard disparaîtront d'eux-mêmes quand il les aura rouvert. Et puis un baiser sur le front aura arrangé les choses.

             Quand l'enfant joue à la guerre, il lui est très naturel de se relever et de dire « on dirait que j'en serais un autre » quand l'ennemi l'a « tué » d'un coup de sabre en bois. Et puis si son « ennemi » serait son petit frère ce serait trop triste si celui-ci croyait qu'il avait tué son grand frère.

             Normalement une fois devenu adulte il comprend que tout cela n'est pas possible en vrai, dans le réel. Il comprend que fermer les yeux très fort face à la douleur, la maladie ou la mort ne les fait pas disparaître. Et à la guerre les morts ne se relèvent jamais. Mais comme les grandes personnes au fond sont beaucoup moins sérieuses que les enfants, elles essaient quand même, on ne sait jamais. Je me souviens de cette dame charismatique catholique m'ayant affirmé un jour qu'elle « refusait la mort ». Je lui avais demandé si ça marchait…

             …Hélas non.

             En ce moment beaucoup le disent ou l'écrivent sur les réseaux dits sociaux, elles en ont « marre du virus », elles en ont marre aussi de la « dictature sanitaire » que seraient les mesures d'asepsie de simple bon sens qui leur sont demandées. Comme les enfants ils veulent faire comme ils l'entendent et pensent que la maladie, la mort, la souffrance disparaîtront d'elles-mêmes car elles auront gardé le regard bien fermé sur le réel.

             Icelles sont il faut dire devenues tellement taboues dans nos sociétés.

             Et je ne parle même pas de ces gens qui auraient voulu que l'on garde sous clé bien gardés les personnes âgées, les gros, les individus de santé fragile, pour n'avoir aucun effort à faire de son côté, pour ne pas avoir, surtout pas, à se soucier d'eux.

« Ils nous em…rdent les vieux et les éclopés ! ».

             Nos ancêtres pendant les épidémies mais pas seulement n'avaient pas peur de la mort, elle était quotidienne, elle était avec eux. Pour exorciser les peurs, ils sculptaient ou peignaient des « danses macabres » pour se moquer de leurs terreurs.

             Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos peines. On ne devrait pas parler de « variants » du virus, terme ne signifiant pas grand-chose mais de mutants. Le virus ne mute pas quand les médias ou les personnes le décident, il mute tous les jours s'adaptant remarquablement malheureusement à tous les moyens de défense que nous mettons en place contre lui. Et il sera de plus en plus mortel. Cela est le réel. Et nous ne retrouverons pas nos confortables aliénations du « monde d'avant » aussi vite que cela.

             Le virus rappelle ces « microbes » qui à la fin de « la Guerre des Mondes » d'H.G.Wells vainquent ironiquement la civilisation tellement avancée, tellement technicisée des « marsiens » (je reprends l'orthographe de l'auteur dans le livre) alors que les armes humaines étaient dérisoires.

             Las, on veut « continuer à vivre ». Mais « continuer à vivre » d'après ce que l'on peut comprendre c'est continuer à consommer les biens et les personnes, consommer et se consumer sans regarder autour de nous, consommer d'un peu de tout : cela va des « plaisirs tristes » jusqu'à une espèce de spiritualisme sans queue ni tête où l'on prend un peu de bouddhisme, un peu de mystique chrétienne, deux doigts de paganisme sans surtout s'attacher aux obligations morales que cela pourrait suggérer. Et la plupart ne peut s'empêcher d'intellectualiser des choix de vie qui n'en ont pourtant pas besoin.

             Le virus aurait pu être le bon moment pour réfléchir réellement sur nos choix de société, revenir peut être au bon sens de nos ancêtres. Mais il n'en sera rien. Pour que les changements adviennent sans doute faudra-t-il que nous soyons au pied du mur.


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