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Millions à gogo chez Sanofi

Millions à gogo chez Sanofi

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Le groupe Sanofi a annoncé l'arrivée d'Olivier Brandicourt à sa tête. La nomination de ce nouveau patron est assortie d'une prime de bienvenue s'élevant à 4 millions d'euros.

Les cris d'orfraie du Gouvernement

En entendant cette annonce, plusieurs ministres ont failli s'étrangler, hormis Emmanuel Macron sans doute. Parmi eux, le porte-parole du Gouvernement, Stéphane Le Foll condamne l'assurance « d’une rémunération sans commune mesure avant même d’avoir pris la tête de l’entreprise ». Nous ne relèverons pas qu'un Ministre à peine nommé est assuré de toucher son salaire pendant 6 mois, quand bien même celui-ci s'avérerait victime de phobie administrative.

La gauche-donneuse-de-leçon, en la personne de la très rigoriste Ségolène Royal, en appelle à la « décence » et à la « morale », morale laïque sans doute… Elle appuie son indignation sur l'activité pharmaceutique de Sanofi, arguant que ce sont les contribuables qui paient la prime d'Olivier Bandicourt, puisque les médicaments produits par Sanofi sont remboursés par la Sécurité Sociale. La Ministre oublie qu'après avoir dépensé de l'argent, on ne l'a plus en poche : une fois que l'État a dépensé de l'argent contre un produit ou un service, cet argent n'est plus public. En outre, dans un pays où la puissance publique dépense plus de la moitié de la richesse nationale, tous les secteurs bénéficient de l'argent public, la pharmacie comme les autres.

Enfin, puisqu'il fait référence à la « décence » et à la « morale », posons-nous la question : l'État a-t-il vocation à faire régner la morale ? Quelle morale ?

Pourquoi une telle rémunération ?

Au-delà des gesticulations grotesques, comme (presque) toujours des politiques, la véritable question qui se pose quant à la rémunération des dirigeants de grands groupes ne doit pas être de savoir si elle est morale puisqu'un système économique est par définition amoral, mais de savoir si elle est efficace.

À ce sujet, le désormais célèbre économiste Thomas Piketty, spécialiste des inégalités, répond de façon formelle que les inégalités de revenus sont en-soi efficace mais qu'elles sont disproportionnées. Elles seraient tout aussi efficaces si elles étaient dix fois moindres.

Si de pareilles rémunérations ne sont pas nécessaires, comment les justifier ? Le groupe Sanofi justifie le bonus de bienvenue de son nouveau PDG par les avantages auxquels celui-ci a renoncé en quittant son ancien employeur, le groupe Bayer. En termes économiques, il s'agit de compenser un coût d'opportunité, c'est-à-dire de rendre le changement d'entreprise financièrement intéressant pour son nouveau patron. L'intérêt du système n'est certes pas évident, mais cette rémunération exceptionnelle est beaucoup plus justifiable au niveau des individus. Pour autant, a-t-on besoin d'un substantiel intérêt financier pour accepter de prendre la direction d'un groupe de dimension mondiale ? Ce n'est pas évident.

En parallèle de la problématique purement comptable, la dimension "psychologique" n'est pas à négliger. De même que, par exemple, les transferts de joueurs de football entre clubs qui se négocient plusieurs dizaines de millions d'euros sont extrêmement valorisant pour l'ego des sportifs, même si eux ne touchent pas cet argent, les primes de bienvenue sont une sorte d'évaluation du talent de ces patrons, forcément plaisant à des egos démesurés. Ajoutez à cela qu'eux empochent directement cet argent, les voilà encore plus flattés.

En outre, une dépense aussi démesurée devient paradoxalement rassurante pour les actionnaires, dépenser autant, c'est la certitude d'embaucher les meilleurs pensent-ils. Ils n'ont peut-être pas tout à fait tort. Une forte rémunération n'améliore pas l'efficacité des patrons en poste, mais l'impact psychologique d'une baisse de leur salaire pourrait être fortement démotivante. À quoi bon travailler pour quelques centaines de milliers d'euros quand on est déjà multi-millionnaire ? Face à des actionnaires n'ayant pas nécessairement les compétences pour distinguer les bons et les mauvais patrons, ces derniers risquent de chasser les premiers.


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