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Le maître de la terre : l’affrontement de l’humanitarisme et du catholicisme

Le maître de la terre : l’affrontement de l’humanitarisme et du catholicisme

Par  

Robert-Hugh Benson, conteur et philosophe, héritier de Huysmans, fut au début du XXème siècle un pasteur anglican converti au catholicisme. Il écrit Le Maître de la terre (sous-titré : la crise des derniers temps) en 1905 car la question de l’Antéchrist l’obsède. La lecture de son ouvrage, un siècle plus tard, fascine quant aux visions prémonitoires qu’il eut sur l’avènement d’une tyrannique religion de l’humanité qui se substituerait à la religion de Dieu et l’éradiquerait définitivement. Les camps distincts de l’humanitarisme et du catholicisme s’affronteraient en une lutte mortelle car leur dualisme irréconciliable ne pourrait conduire qu’à la survie d’un seul. Pour la religion de l’humanité, idéologie parfaitement matérialiste, « Le plaisir, la satisfaction aussi complète que possible de tous les besoins présents, constituent l’unique bien et l’unique devoir. », « Les distinctions de patries ou de classes sociales sont supprimées ainsi que les institutions militaires. » Pour la religion catholique, hédonisme et abdication de l’autorité et de ses structures traditionnelles sont impensables, et pour le dire avec les mots d’Ortega y Gasset : « L’homme n’est jamais un premier homme et il ne peut vivre qu’à un certain niveau de passé accumulé. »

Dans ce roman d’anticipation au dessein eschatologique, seules trois forces subsistent : le catholicisme, l’humanitarisme et les religions de l’Orient. Cela rappelle quelque chose de très actuel, il faut bien en convenir. Pour l’auteur, « L’humanitarisme est en train de devenir lui-même une religion organisée, malgré sa négation du surnaturel. Il s’est associé au panthéisme : sous la direction de la franc-maçonnerie, il s’est créé des rites qu’il ne cesse point de développer ; et il possède lui aussi un credo : " l’homme est Dieu ", etc. Il a donc, désormais, un aliment effectif et réel pouvant être offert aux aspirations des âmes religieuses : il comporte lui aussi, une part d’idéal, tout en ne demandant rien aux facultés spirituelles […] je suis d’avis, que dans dix ans, leur doctrine sera établie comme religion officielle, dans l’Europe entière. » Ne s’est-on pas ici téléporté dans la réalité contemporaine ? Au sein de ce meilleur des mondes, offert à nos yeux de lecteurs angoissés, il y a des « exécuteurs de l’euthanasie qui portent un appareil qui met fin aux souffrances des agonisants, les fait passer doucement, délicieusement, dans le royaume de l’éternel repos ». Le nouveau Maître de la terre, sauveur de l’humanité, se nomme Felsenburgh ; il est vénéré comme un génie, polyglotte parle dix-huit langues, s’arroge le titre « de plus grand orateur que le monde ait jamais entendu ». Entré en frontale opposition avec le verbe fait chair et déniant toute transcendance à l’homme, franc-maçon, chef des nations qui n’ont plus de légitimité car elles sont incorporées à cet espace vaste et illimité qu’est le monde, Felsenburgh est le « premier produit vraiment parfait de cette nouvelle humanité cosmopolite ». Le scandale d’un homme créé par Dieu a enfin été dévoilé ; la raison comme principe unique de l’agir humain est omnipotente et victorieuse ; l’absurde vision chrétienne d’une mort-commencement a été bannie, interdite ; « La guerre, suivant toute apparence, était désormais éteinte : et ce n’était point le christianisme qui l’avait éteinte ! Les hommes avaient compris que l’union valait mieux que la discorde : et c’est en dehors de l’Eglise qu’ils l’avaient compris ! En fait, les vertus naturelles s’étaient soudainement épanouies, tandis que les vertus surnaturelles avaient été méprisées. La philanthropie avait pris la place de la charité, le contentement celle de l’espérance, et la science s’était substituée à la foi. » Felsenburgh, parfait prototype de cette humanité recréée ou réengendrée par l’homme lui-même, a su mettre fin à la querelle entre Occident et Orient et imposer ainsi la seule figure, in fine, de l’humanitarisme.

A quoi sommes-nous parvenus en 2017, s’interroge-t-on, bien immergés au cœur de ce récit puissant ? Au choc frontal et violent entre civilisation occidentale et civilisation arabo-musulmane ; à cet humanitarisme qui affirme au nom des droits de l’homme et de la fraternité universelle que l’islam est une religion de paix qu’il faut inclure dans notre culture judéo-chrétienne ; au pacifisme et à l’optimisme imposés par l’idéologie libérale du multiculturalisme qui nie le réel et veut construire ce nouveau monde cosmopolite, diversitaire, acculturé, apaisé, tolérant, inclusif. Grâce à ce roman qui annonçait prophétiquement ce que serait un jour notre réalité, l’on peut se demander si ce pouvoir élitiste advenu au sommet a la capacité de détruire par son hégémonie et sa haine ce qui est fiché au fond du cœur de l’homme ? Peut-il expulser le trésor enfoui aux tréfonds des âmes ?


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