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MN prend la marge et revient en septembre


Nikolaï Kolyada

Nikolaï Kolyada

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Nikolaï Kolyada est un auteur difficile à rencontrer à moins de partir en Sibérie. En effet, né en 1957 dans un petit village de l’autre côté de l’Oural, ayant une soixantaine de pièces à son actif, les voyages ne le tentent pas. Cependant, très en vogue en Russie, son répertoire, bien répandu, est traduit et joué dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique du Nord.

Kolyada fait des études par correspondance pour rester habiter dans son village natal. Il commence par les Lettres puis, sa passion l’emportant, il se décide à rejoindre la capitale régionale, Ekaterinbourg, où il s’inscrit à L’Institut du Théâtre. Sa première pièce Jouons aux gages date de 1986. Dans La Polonaise d’Oginski l’attention de Kolyada pour les ressources langagières se fait ressentir au plus haut point. Il ne sert, par ailleurs, aucun nationalisme. Ses personnages sont naturels, attachés au terroir de manière viscérale presque. Leur parler est imitatif de celui des différentes couches populaires. Quatre personnages de La Polonaise émaillent leurs textes de ritournelles, de proverbes, sous un aspect parfois enfantin, mais d’où les expressions ordurières sont loin d’être absentes. « Bonjour, bonjour bite en déroute. C’est quoi ce machin qui vient déambuler ici ? Une figure de carnaval ? Un pensionnaire de bordel ? Tu veux un piège à poux pour démêler ta tignasse. Il ne tient pas plus debout qu’elle. Ce qu’il te faudrait, c’est une fouille au corps, gigolo, tu comprends roquet ? Mon cul, que tu comprends ! » s’exclame Ludmilla à propos de David un homme-femme.

« [ …] il est au Paradis, il n’a besoin que d’air, que de souffler-inspirer, pour que sa musique pénètre dans le monde, ce passage souterrain n’est pas son monde, son monde c’est la musique : les notes ont bâti les maisons, les rues, la musique a cousu le ciel, la musique a modelé le soleil, la musique a fait les hommes, ils chantent, ils ne parlent pas … » déclame Tania revenue à Moscou après dix ans d’absence pour trouver les domestiques installés au domicile du maître, le sien. Situation qui n’est pas sans rappeler une nostalgie tchekhovienne.

D’autre part, se profilent aussi le mythe soviétique et celui, tout autant déceptif, du capitalisme posé dès le premier tableau : « Les traces de la splendeur passée d’un appartement de trois pièces du centre de Moscou se lisent dans les moulures en staff du plafond, dans les hautes portes aux ferrures anciennes, dans le lustre superbe à abat-jour vert […]. À droite de la porte d’entrée, accrochée au mur, un coucou suisse. Les deux murs du couloir et son plafond sont ornés d’une guirlande de Noël éclairée de petites ampoules qui clignotent sans arrêt ». L’aspect décalé de cet appartement est encore accentué par « un jars accroupi sur un petit tapis près de la porte d’entrée » qui pousse des cris rauques en réponse au coucou. Kolyada s’est aussi penché avec effervescence sur le décor sonore déroutant dans ses didascalies : « Parce que l’appartement se trouve en plein centre de Moscou, peut-être, les sons inquiétants de la ville nocturne y pénètrent sans cesse : musique de restaurant, ronronnement des postes de télévision, bruit d’avions. Tous ces bruits sont couverts par celui, approchant ou repartant, de la sirène stridente et agressive des « Secours d’Urgence ». La Polonaise d’Oginski est indéniablement un joyau du théâtre contemporain russe entre carnaval et culture de masse, parodie du monde réel.

Nikolaï Koliada, La Polonaise d’Oginski, L’Avant-Scène, traduit par Lily Denis


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