Une exposition d’estampes pour garder nos âmes légendaires
Art contemporain Mauvaise Nouvelle https://www.mauvaisenouvelle.fr 600 300 https://www.mauvaisenouvelle.fr/img/logo.png
Une exposition d’estampes pour garder nos âmes légendaires
Les 15 avril 2026 à 18h30, Rosie Barbanegra (13, rue Payenne, 75003 Paris) nous convie à découvrir les dernières œuvres gravées et peintes d’Aude de Kerros. Le lendemain, le 16 avril, annonces et lectures pourront être offertes. L’espace d’exposition étant limité, il est demandé de s’inscrire à l’avance auprès d’Aude de Kerros : audedekerros@yahoo.fr
Chère Aude de Kerros, quelle est cette muse qui vous inspire de si belles estampes ? Mais Calliope ! Bien sûr ! Épouse entre autres d'Apollon, mais aussi du Dieu Fleuve Achéloos, amant, esprit du chant, inspiration, irrigation, voyages mythiques voguant des origines aux fins dernières, etc. Quant à sa représentation stylet à la main et tablette sur les genoux, elle grave, inscrit dans la matière les images, fruit de toute poésie… son langage singulier.
Image et texte ainsi vont de pair et se sont mariés du temps des Incunables, mais aussi de Gutenberg qui a utilisé pour l'imprimerie les tablettes gravées. Auparavant seuls les orfèvres incisaient les métaux précieux. Texte et image, deux mondes enlacés dans les draps blancs du Velin d'Arches ou d'ailleurs…
La mystérieuse œuvre d’Aude de Kerros laisse la plupart des critiques sans voix. Mais sans voix ne veut pas dire sans voie… lorsqu’il s’agit de circonscrire le rayonnement et le magnétisme de ces œuvres. Dire que cet art se situe à l’exact opposé de l’art conceptuel officiel ne suffit pas à le définir. Pour (r)établir un point de vue critique pertinent, il convient de quitter les rivages étriqués de notre époque, voire de quitter le temps historique lui-même afin d’entrer dans le temps de la contemplation.
Il fut un temps où les oiseaux du ciel étaient les messagers des dieux, un temps mythique où le langage des Hommes était encore amarré aux rivages de la poésie, et où la mort n'était qu'un rêve.
Gravées au burin d'une mystérieuse rhétorique, les estampes d'Aude de Kerros gardent peut-être quelque chose de ce temps hors du temps qui persiste confusément dans le matin profond de notre mémoire. On se souvient de ce mot de Goethe, « Je travaille à la trame des temps et je tisse la robe vivante des dieux », mais aussi à ce mot de Charles Maurras : « Il n'y a que le vers pour tenir dans ses griffes d'or l'appareil éboulé de la connaissance ». Le premier comme le second deviennent viatiques en ces temps ombragés par la « haine du secret » que nous avons la disgrâce de traverser.
Une audace certaine est donc requise pour exposer un art de l'apparaître en un temps où règne le paraître. Un art appartenant au pays réel alors même que règnent le concept et la propagande sociétale du pays légal. Nous savons depuis Charles Maurras que le pays dit « légal » n’est en réalité que « légaliste ». Sous ses apparences hautaines de légalité, il ne vise en réalité qu’un but : détruire le « pays réel ». À la fois miroir et réplique - au sens sismique du terme - des tréfonds de la société, le théâtre de l'art contemporain rend visible cette lutte interne sans équivalent dans le monde. L'Art dit Conceptuel (ou AC) projette dans le champ du visible de nos places et de nos musées les images spectrales du pays légal. A contrario, les gravures d’Aude de Kerros nous révèlent quelque chose des héritages buissonniers et des orées tremblantes du pays réel. On peut aussi percevoir en filigrane de ces œuvres, les origines bretonnes - et donc celtiques - de l’artiste.
Saluons cette initiative non conformiste de Rosie Barbanegra !
Entreprendre la critique de l'œuvre d’Aude de Kerros est une démarche non moins audacieuse. Dans un passé récent, je m'y suis pourtant risqué, mais sans grandes percées heuristiques. Mon œil, exercé aux arts figuratifs, trouve assez peu d'ancrage aux arts qui le sont moins. Pour être tout à fait honnête, l'œuvre kerrosien me laisse sans voix - mais non sans voie. Au fond, ces œuvres nées des amours du métal et de l'âme, qui auront la faveur d'une exposition à la mi-avril 2026, semblent se suffire à elles-mêmes.
C’est alors le moment de planter le mot de Dominique de Roux : « On circonscrit, on ne définit pas ». Ce mot tombe comme un couperet sur les tentations livresques et présomptueuses vers lesquelles l'art singulier d’Aude de Kerros nous appelle. Retrouvons simplement les émotions de la beauté, les ressacs de sens qui en jaillissent, mais aussi l'art et la manière de voir du prêtre augure face à son templum, découpe sacrée du ciel, en quête de signatures divines.
Oui ! Contemplons les estampes en augure ! Or, sur l'affiche de l'exposition, que voit-on ? Une estampe où apparaît un feuillage doré sur fond de ciel bleu qui n'est pas sans évoquer ce « bleu préféré des abeilles » cher à Dominique de Roux. Et que lit-on d'autre ? Le nom d'une artiste, Aude de Kerros, celui d'une galeriste, Rosie Barbanegra, et quoi d'autre ? Le nom d'un hôtel parisien, et une adresse postale : le 13 rue Payenne.
Curieux nom de rue ! homonymie où passe plus d'une épiphanie païenne, plus d'un dieu païen au-devant de notre espérance chrétienne. Quant aux jours de l'événement – mercredi 15 et jeudi 16 - ne sont-ils pas jour de Mercure, dieu du commerce et jour de Jupiter, dieu suprême des Romains ?
Sous cette double égide, souhaitons de fastes heures à cette exposition qui honore l'art comme il se doit, pour le seul bien de nos âmes, ressourcées à leurs légendes natives.
« Je me réchauffe au feu d'une estampe. Crépitement de parole et de pitance. J'ai prié le Très Haut pour qu'il me donne le "pain de ce jour" ; il m'envoie le jour de ce pain en échange, miettes de silence tombées dans le cœur ».
L’ÉCHAPPÉE BELLE
Une eau forte,
dormait depuis deux jours
dans ma boite aux lettres…
J’y ai vu un présage :
On aurait dit qu’une fenêtre
Avait peint son paysage !
Pays fait de glace
Et qui pourtant se consume
Flamme prisonnière du verre
Elle cache un mystère
Cette pierre qui fume !
Et c’est magnétisé par cette estampe, que je me suis mis en quête :
- de retrouver la clairière dans la forêt — où le soir naissent les étoiles,
quand déjà le rideau de la nuit,
tombe comme un voile,
quand cette vision m’apparut :
une île sans mer que l’on se passe de main en main,
estampe – boussole,
cadran des jours sans lendemain,
soleil-archange qui console.
Une estampe que l’on sait être
un voyage accroché à un mur
— Pour l’œil ouvert de l’Augure
L’art n’est-il pas une fenêtre ?
L'œuvre gravé d'Aude de Kerros comporte plus de quatre cents gravures. Les trois "e-books" consultables en ligne ont pour titre Le Cœur d'Amour Épris, Le Chemin des Étoiles et Le Chant du Monde. Contact : audedekerros@yahoo.fr



