Découvrez la collection Mauvaise Nouvelle, aux Éditions Nouvelle Marge.


Notre mère, l’État…

Notre mère, l’État…

Par  

On ne naît pas seul. Notre premier rapport au monde n’est pas contractuel. Le baratin républicain a recouvert de mots la vérité de la naissance. Il a substitué l’abstraction à la réalité : l’indépendance à la dépendance, l’autonomie à la vulnérabilité, l’égalité à l’infériorité la plus manifeste, etc. Mais il ne faut pas demander à des textes de lois de dire le singulier concret, puisque leur langage navigue par nature dans le général et l’abstraction. La République ne tiendra jamais un enfant dans ses bras. Cela ne l’empêche pas de se présenter souvent comme une grande matrone… Mais son « lait » ne sera jamais autre chose que des textes abstraits. Elle ne comprendra jamais tout à fait ses rejetons, puisque ce sont des individus. Elle est plutôt jalouse du pouvoir concret de la famille, qu’elle ne comprend d’ailleurs pas davantage.

La famille est une bizarreté qui fait ordre. C’est une organisation, un organisme. Et chaque individu nouveau qui y fait apparition est en elle un organe de plus. La famille est en fait à la fois individu et société, partie et totalité. C’est un genre de tribu, avec laquelle l’État doit composer : elle était là avant ; elle sera là après. Entre la famille et l’Etat se joue comme une querelle des universaux : la famille est réalisme, l’État est nominalisme ; l’une vit, l’autre parle ; l’une est un foyer de normes vitales, l’autre réédite chaque année le Code civil (qui abroge celui de l’année précédente)… Le « miracle » de la République a besoin d’être régulièrement célébré pour se maintenir, et ce plébiscite plus ou moins quotidien pourrait se résumer en quelques articles de foi : l’État est le gardien du singulier ; puisque c’est lui qui gère les affaires concrètes, c’est lui qui organise les familles comme la morale individuelle… Mais la famille n’est pas contractuelle. Elle transforme l’accidentel en essence, la contingence en nécessité. Elle est très imparfaite, prodigue en « petites misères », en déceptions, en faiblesses, en aspérités…, cela d’abord parce qu’elle est du singulier : une sorte de monstre, avec ses pustules et ses tares, ses secrets, ses amours, ses haines, ses valeurs, ses vices, ses maladies… Il faut sans doute réformer, soigner, guérir quelquefois le monstre. (On ne peut pas raisonnablement se contenter que le monstre soit un monstre !) Mais attendre quelque chose de la morale républicaine en la matière, c’est se méprendre sur toute la ligne.

Il n’y a qu’une religion qui puisse réformer la famille de l’intérieur. Je ne dis pas qu’elle y arrive nécessairement, mais son essence est précisément de faire descendre l’universel dans le concret singulier – pouvoir que l’Etat républicain lui envie maladivement. L’État républicain voudrait tellement être une famille des familles, un Esprit capable d’aller et de venir entre l’universel et le singulier… Il voudrait tellement que ses lois soient créatrices, et qu’il puisse par elles façonner l’« homme nouveau », façonner les familles… On peut reprocher ce qu’on veut à la religion, elle n’a pas cette prétention, puisque, dépositaire des lois de l’univers, elle ne fait que repasser sur ce qui est écrit dans le cœur de l’homme. Ces lois de l’univers, la République enrage plutôt de ne pas les avoir faites ! Elle est cet enfant déçu de la vieille famille occidentale, émancipée pour commencer une histoire à soi, et s’opposant de tout son être aux épousailles de la Nature et de la Tradition, qui l’ont pourtant fait naître. Et, comme tous les commencements, celui de l’Etat moderne contient par avance ce qu’il sera toujours.


Radicalité contre radicalité
Radicalité contre radicalité
La toute-Puissance de l’Etat
La toute-Puissance de l’Etat
État d'urgence ou État policier ?
État d'urgence ou État policier ?

Commentaires


Pseudo :
Mail :
Commentaire :