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9 Inconnus autour de l’honnêteté intellectuelle

9 Inconnus autour de l’honnêteté intellectuelle

Par  

Anna Gichkina en Socrate ou en socquettes ?

Anna Gichkina, PhD, historienne, philosophe, et linguiste, fondatrice du Cabinet du Dialogue Socratique. www.dialogue-socratique.fr

Première partie (1/3)

C’était sa fête, mardi 26 juillet, je le sais bien car j’ai oublié de la lui souhaiter. Rattrapons-nous : Bonne fête Anna ! Ma fille avec deux H est la seule prénommée que j’ai honorée au bon jour cette année. Ce soir-là, nous avions une réunion en vision conférence sur la technique du dialogue socratique pratiquée par Anna dans son cabinet de philothérapie. Nous étions 9 comme les 9 Inconnus réunis autour de l’Empereur Akbar qui posaient sans le savoir les bases d’une nouvelle théorie pour ces imaginatifs que nous nommons aujourd’hui : complotistes. Cependant, le dialogue socratique est tout le contraire d’une discussion qui donnerait libre cours à l’imagination, aux illusions et aux délires.

Plus concrètement, qu’est ce que le dialogue socratique (www.dialogue-socratique.fr) ? Expliquons brièvement à quoi sert la technique du dialogue socratique dans la vie de tous les jours : identifier clairement un problème (ou une situation problématique), le la comprendre, le, la soumettre à une réfléchir lucide et logique, rendre évident sa solution. Il s’agit en outre d’un entraînement de l’esprit critique dont la maîtrise au quotidien peut s’avérer fort utile. Comme on le voit c’est une sorte de combat rapproché verbal que Socrate utilisait lors de ses déambulations Athéniennes, abordant les quidams pour leur faire la maïeutique. C’est la pratique pour vous faire sortir du ventre la vérité. Nous en sommes tous enceins, porteurs sans le savoir le plus souvent.

La conférence a été un exposé de la méthode de ce dialogue et des buts qu’il vise après quoi les participants étaient invités à passer au pratique, comme il se doit dans une voie de philosophie pratique. Il fallait des questions auxquelles notre Socrate répondait en interrogeant d’abord ces fameuses questions. On le sait le vieux Maître en croque en jambes prenait des risques avec ses assauts de questions au tout venant. Mais des risques surtout envers le monde politique de son époque. Il fut condamné à mort, accusé de corrompre la jeunesse. Il faut croire que l’agacement que ce taon des citoyens avait provoqué dans le peuple subissant ses pratiques n’a certainement pas fait autre chose que disposer ce peuple à approuver les décrets de l’élite à son égard. Nous voilà prévenus, le dialogue socratique est inconfortable.

La maïeutique philosophique est plus périlleuse que le métier paramédical de la mère de Socrate. Pour en revenir à mon Hannah G. fille, en voilà une que je veux « brancher dialogue Socratique ». Celle qui vient de terminer une licence de philosophie à Tours ne nie pas les difficultés d’avoir maintenu sa motivation dans les études en contexte socio sanitaire produisant la disparition de l’enseignant et de l’élève. Elle avoue qu’elle n’apprend bien la philosophie que dans le dialogue, bien avant les livres ou les exposés didactiques. Des livres il en faut tout de même. Justement « Par hasard » elle a laissé traîner un livre dans notre salon, piqué comme elle en le droit dans ma bibliothèque. Elle me demande de lui rapporter. Socrate de Clodius Piat édité par Robert Laffont dans la collection Les Grands Initiés 1947. Je vais en profiter pour le relire avec les extraits du Timée de Platon qui suivent. Ainsi je suivrai les recommandations de Anna Gichkina qui nous a proposé de lire ou relire Platon.

Notre amie a ouvert son cabinet fin juin dernier mais elle y pensait depuis un an. Après nous en avoir exposé la méthode et la doctrine, de manière claire et motivante, elle enchaîna sur une invitation à lui poser des questions dans lesquelles nous allions nous exposer audacieusement en un vivre un peu dangereusement. Quel rapport entre Socrate et Nietzsche s’il s’agit de vivre dangereusement ? Le second s’oppose à l’école du premier on le sait. Mais qui oserait dire que Socrate, fils d’un sculpteur d’images pieuses et d’une sage femme, pauvre, laid et marié avec une rombière, une mégère, un dragon acariâtre, n’a pas vécu dangereusement en défiant la capitale des Etats fédérés dont l’hégémonie intellectuelle s’exerçait sur l’Hellade tout entière ?

Pour ce qui est de nous autres, les 9, nous ne sommes pas confrontés à une personne physiquement rébarbative. J’ai déjà comparé à son avantage, les robes d’Anna G. avec la toge sale du philosophe qui pendant trente ans et plus fréquenta l’Agora, dispensant son enseignement jusque dans les boutiques des artisans où il devait certainement se salir. Les caméras d’une visio conférence favorisent une meilleure tenue vestimentaire, mais par contre, nous étions tous en plan américain. C’est ainsi que nous avons ignoré jusqu’au bout comment Anna était chaussée. Il nous fallait deviner sur quel pied elle dansait pour lui emboîter le pas. Exercice de haute voltige presque acrobatique pour les neuf néophytes. Mais comme il y a 9 compétences à travailler dans la méthode du dialogue Socratique, nous sommes placés d’ores et déjà devant une opération mentale d’ordre alphabétique :

A.A.G.G. S.I. P.I., ma pensée commence à courir vagabonde dans le mental singe. Pourquoi ne pas mettre en place une division du travail puisque nous sommes 9 ?

La première compétence est Argumenter. La dernière est Ironiser. C’est là notre alpha et omega.

Ce dernier mot déclanche immédiatement chez moi une réaction conditionnée. Je ne formule pas ma pensée, d’ailleurs, sage précaution de l’animatrice, nos micros sont coupés. L’incorrigible chahuteur pense « Mais pourquoi on ne commence pas par l’ironie, tout pourrait en découler ? » Notons : je sais tout de même me tenir depuis le lycée, même à micros ouverts, j’aurais fermé ma bouche. Me voici justement au lycée. Les images me viennent. Je revois mon premier professeur de philosophie, son nom me revient, c’est un nom de carrière. Il fut mon professeur de philosophie pour un trimestre avant un déménagement familial de ville m’ayant fait changer de lycée. Le professeur suivant était une femme à tabac Nietzschéenne, chahutée, elle n’avait pas pu de l’année en placer une ou presque. Le premier professeur était grand pour un Socrate, et mieux charpenté, mais il portait une barbe en signe de son allégeance à Freud et à Marx, même si le premier cours avait commencé par Socrate. De Socrate il avait l’ironie. Une ironie mordante. Un esprit moqueur que tout le monde redoutait. Moi moins que la plupart d’entre nous, je ne le dis peut-être pas avec assez de modestie. Aussi mon doigt questionneur montait souvent au zénith seul interroger l’espace en demandant la parole. Le professeur moqueur s’ennuyait plus qu’il ne jouissait de la crainte suscitée. Ma bravoure était récompensée par une certaine estime de sa part. Estime à laquelle une fascination respectueuse de la mienne lui était octroyée en réponse. Et ce malgré le fait que mon opposition idéologique au Marxisme et au Freudisme était déjà fortement bien établie. La philosophie se présentait pour le lycéen de terminale littéraire que j’étais comme un style, une parole, un défi du dialogue. Elle était cela avant de prétendre aborder toute question de fond. Monsieur au Nom de Carrière, ma première image vivante de la philosophie il avait commencé par rendre hommage à Socrate. Nous ne pouvions pas être totalement ennemis.

Mais voilà que je m’étais éloigné, les tuyaux de ma pensée ont eu des fuites, en revenant au visage d’Anna Socrate, je dois me rendre à l’évidence : elle est imberbe ! Sa présentation avait commencé par une mise au point entre pensée et réflexion. Les pensées, ce que nous nommons pensées n’est pas penser, ce sont des images, des flashs qui meublent notre écran mental. René Descartes n’est pas négligé dans la filiation philosophique que nous exposait Anna, mais la formule du philosophe au poil aurait été meilleure s’il avait dit : « Je réfléchis donc je suis. ». La formule même que tous utilisent « Je pense que… » c’est sur elle que portent les premiers coups de sabre du discours socratique. Philosophie à coups de sabres contre celle de Nietzsche à coups de marteaux ? Décidemment j’envisage toujours des duels. Voyons donc d’un peu plus près ce que c’est que cette pensée-là, celle de notre « je pense que » sur quoi elle se base. Il faudrait voir à retourner 777 fois sa langue dans sa bouche avant de dire un « je pense que » et avant de poser des questions. Au préalable il faudrait avoir appris à poser des questions en conscience. Une conscience de l’orientation de notre esprit que la manière même grammaticale et syntaxique de poser ces questions induit et dit de celui qui interroge. La technique était elle complice d’Anna Socratique avec cette panne de micros intervenant au moment où nous avions la parole ? Mon ironie a pu passer l’obstacle des micros par l’écrit, c’était juste pour détendre la tension provoquée par cet incident passager. La technologie n’a pas d’intention ironique jusqu’à preuve en Intelligence Artificielle du contraire. Il est tout de même bon de se souvenir qu’en l’école Pythagoricienne de Crotone, les néophytes étaient au silence pendant 5 ans.

Puis quand les micros remarchèrent, j’ai eu le temps de poser une question sérieusement assez brièvement formulée portant sur la prise en compte ou non de l’inconscient dans la technique du dialogue Socratique. En passant à l’oral, souvenir peut être de mon cours de philo de terminale, je me lance, et me lance, tant pis pour moi, trop. Ma question est trop longue, c’est péché en dialogue socratique. Mais là, je suis pris en flagrant délit la langue dans le sac à paroles. C’est en plein dans mon complexe de Mozart avec trop de notes. Ici il fallait l’art et l’excellence d’être laconique. Le regret me prend de n’avoir pas gardé le silence :

« Le silence profond est le danger et l'aventure, les charmes de l'inconnu.
Dans le silence les ailes des grandes âmes se déploient. »

George Bernanos, Sous le soleil de Satan

 

Pour aller plus loin : www.dialogue-socratique.fr

Anna Gichkina, PhD, historienne, philosophe, et linguiste, fondatrice du Cabinet du Dialogue Socratique. www.dialogue-socratique.fr

 

 


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