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Sous l’œil du dragon

Sous l’œil du dragon

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Sous l’œil du dragon est un livre né d’un dialogue et qui se réalise dans le dialogue. Le livre commence en enfer, celui des embouteillages parisiens, symbole de la négation de toute spiritualité. Et c’est là que la conversation commence pour engendrer un livre ou gravures, textes, poésie et prières s’enchevêtrent et se mêlent. Les gravures sont de Paul Kichilov, peintre russe sorti de l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Les textes sont de Pauline de Préval. La poésie est de Ambroise de Milan, Charles Baudelaire, Victor Hugo, Rainer Maria Rilke, Henri Michaux, Oscar Wilde, Fedor Dostoïevski, Philippe Jacottet, … Tous parlent des anges et avec les anges. La prière est partout et finit par s’articuler par nos propres lèvres.

Les anges sont sans doute les créatures les plus présentes tout autour de nous sans que nous nous en rendions compte. On en parle partout dans l’ancien et le nouveau testament et nous faisons comme si leur existence était moins crédible que tout le reste, comme si ils étaient le fruit d’une imagination alors même qu’ils sont « les agents secrets du monde visible, les causes réelles du mouvement, de la lumière et de la vie, les artisans cachés des lois de la nature. » Paul Kichilov grave des anges et cela ressemble à tapisseries, il s’agit peut-être de tisser une chronique, de patienter. Ils sont nombreux, foultitude attendant la foule immense. Ils sont tous en mouvement, tournoyant, chevauchant, souvent armés. Ils mènent le combat céleste que nous menons dans notre chair même entre le bien et le mal. On croit être les seuls à les avoir repéré comme ceux qui saisissent enfin la vérité dans l’ellipse. Graver c’est devenir sculpteur pour un peintre, gratter, griffer… Il s’agit de révéler ce qui était sous nos yeux sans que nous le voyions, l’invisible caché et non saisi par la matière. Toute gravure est une sorte de négatif, on dessine en creux… « ce qui est formalisable laisse apparaître comme les blancs de l’écriture ce qui échappe à toute formulation. »

Et si Pauline de Préval nous parle tant des anges, c’est pour en venir aux hommes, ceux qui ont la capacité d’agir dans le monde car ils ont un corps, ceux qui peuvent faire passer la volonté de Dieu dans leur chair. L’homme : cet « Être cosmique portant en lui le ciel et la terre du fait qu’il est esprit et corps, chacun de ses actes, qu’il aime, qu’il travaille ou qu’il mange, a des répercussions sur le cosmos tout entier. » Oui nous le savons, la gloire de Dieu et le salut du monde sont en jeu en permanence. Tout doit être offert à Dieu, nos vies devenir offertoire. « La liturgie n’a-t-elle pas vocation à s’étendre à toute la vie et Dieu à être tout en tous ? » Nous voici hissés au rang de co-créateur et co-rédempteur avec Dieu.

Et s’il est un homme parmi tous qui doit le comprendre, c’est l’artiste lui-même. La vocation de ce dernier pour Pauline de Préval est d’inviter à une conversion du regard seulement dans la mesure de la transparence du sien. « L’œuvre d’art peut être aussi un chemin retour de la lumière, une étincelle rapportée à l’Eden retrouvé le temps d’un éclair. » Un souvenir de paradis donc, une façon d’échapper à l’enfer commence en bas de chez soi, dans les embouteillages. Terminons par Antonin Artaud puisqu’il est cité : « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir de l’enfer. »

Sous L’œil du dragon, Paul Kichilov, Pauline de Preval, ed Corvelour, 23€


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