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Petit bréviaire du climatosceptique

Petit bréviaire du climatosceptique

Par  

Mais si, il fait chaud – même chez vous

Petit bréviaire du climatosceptique saisi par la sueur.

Chronique documentée, ton mordant fourni sans supplément

 

Il y a des moments où la réalité se montre d'une impolitesse remarquable. Elle ne frappe pas à la porte, ne demande pas si c'est le bon moment, ne consulte pas les threads X où l'on explique depuis des années que « le climat a toujours changé » et que « les modèles sont des arnaques ». Elle entre par les fenêtres – que vous aurez d'ailleurs calfeutrées de papier d'aluminium, sur conseil d'un voisin, parce que 43°C à l'ombre ça ne s'invente plus, même pour un incrédule.

Bienvenue dans l'été de la grande réconciliation. Forcée, suante, et pour beaucoup, encore niée à mi-voix.

 

L'époque bénie du doute confortable

Pendant des années, le climatosceptique moyen a prospéré dans un confort intellectuel bien tempéré – climatisation comprise. Son argumentaire était rodé, millimétrique dans sa mauvaise foi : en hiver, il pointait la neige comme preuve d'un réchauffement fantaisiste ; au printemps, les gelées tardives confirmaient que « les scientifiques exagèrent » ; en été, une fraîcheur passagère devenait la réfutation définitive du GIEC.

Le GIEC, justement. Cet organe intergouvernemental fondé en 1988, qui rassemble depuis lors les travaux de plusieurs milliers de chercheurs issus de 195 pays, dont les rapports synthétisent des décennies de littérature scientifique revue par les pairs. Le climatosceptique, lui, lui préfère volontiers une vidéo YouTube de dix-huit minutes réalisée par un ancien ingénieur nucléaire reconverti en « analyste indépendant », ou un article de l'Institut économique de Montréal financé en partie par des intérêts pétroliers – ce que l'on appelle, dans les milieux autorisés, équilibrer ses sources.

 

L'été qui ne voulait pas mentir

Puis vient la canicule. Pas n'importe laquelle : celle qui bat des records centenaires, millénaires selon les reconstitutions paléoclimatiques. Celle où le bitume se ramollit, où les voies ferrées se déforment, où les urgences saturent d'hyperthermies chez des personnes âgées mal préparées parce que, officiellement, « on n'en est pas là ».

En juillet 2019, lors de la canicule européenne, la France a enregistré 45,9 °C à Gallargues-le-Montueux – un record absolu. En 2022, le Royaume-Uni franchissait pour la première fois les 40°C, à Coningsby, dans un pays dont l'architecture domestique ignore le concept de volet roulant. En 2023, c'est la Méditerranée entière qui se transformait en bouillon de culture thermique, avec des températures marines de surface atteignant 28 à 30 °C en Adriatique et en mer Tyrrhénienne, précipitant des épisodes orageux d'une brutalité inédite sur l'Italie du Sud et la Grèce. Ces chiffres ne sont pas des projections. Ce ne sont pas des sorties de modèles. Ce sont des mesures. Des capteurs. De la physique ennuyeuse et implacable.

 

La rhétorique de l'adaptation instantané

Face à l'évidence thermométrique, le climatosceptique dispose d'une gamme de retraites stratégiques qu'il convient d'admirer pour leur agilité. Premier refuge : l'historicisation sélective. « Il a déjà fait chaud dans le passé. » C'est vrai. Lors de l'optimum climatique médiéval, les températures ont légèrement augmenté dans certaines régions. Lors du Crétacé, les crocodiles colonisaient le cercle polaire. Ce que cette argumentation omet soigneusement, c'est la vitesse du changement actuel : selon les données de la NASA et de la NOAA, le réchauffement observé depuis 1950 n'a aucun équivalent dans les 800 000 ans de données issues des carottes glaciaires antarctiques. La nature a eu le temps de s'adapter à des bouleversements étalés sur des millénaires. Elle n'a pas de plan B pour trois décennies.

Deuxième refuge : la géolocalisation du déni. « Chez nous, il ne fait pas si chaud. » Argument noble, défendu avec la conviction de celui qui confond sa terrasse et la moyenne planétaire. La réalité est que 2023 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des mesures instrumentales – et, selon les reconstitutions climatiques, depuis au moins 125 000 ans, d'après les travaux publiés dans Nature et Science. Les dix années les plus chaudes de l'histoire mesurée se situent toutes après 2010.

Troisième refuge : le complotisme structurel. « Tout ça, c'est pour nous taxer. » Ici, le raisonnement atteint son régime de croisière. Des milliers de chercheurs, répartis dans des pays aux intérêts géopolitiques antagonistes, la Chine, les États-Unis, la Russie, l'Union européenne, l'Inde, se seraient accordés secrètement pour fabriquer une crise climatique mondiale afin de justifier une taxe sur le carbone. On admirera la logistique.

 

Le corps comme dernier argument

Ce qui est intéressant, philosophiquement, dans une canicule exceptionnelle, c'est qu'elle court-circuite la médiation intellectuelle. On peut contester un graphique. On peut ignorer un rapport. On peut éteindre la chaîne d'information. On ne peut pas ne pas transpirer à 4 heures du matin dans un appartement sous les toits où la température nocturne ne redescend plus sous les 30°C. Le corps, lui, ne lit pas les éditos du Wall Street Journal ni les tribunes de Rémi Defrance. Il enregistre. Il souffre parfois. Il envoie des signaux que l'idéologie ne peut pas tout à fait taire.

C'est peut-être là le début de quelque chose : non pas une conversion, les conversions sont rares et l'ego humain est une forteresse, mais une fissure. Un doute inavoué. Une question posée à mi-voix, le soir, devant un ventilateur qui lutte : et si, quand même ?

 

Ce que dit la science : pour mémoire

Il n'est pas inutile, dans ce contexte, de rappeler quelques points fermes :

Le consensus scientifique sur l'origine humaine du changement climatique actuel est établi à plus de 97 % dans la littérature spécialisée – chiffre issu de plusieurs méta-analyses indépendantes, dont celle de Cook et al. (2013) dans Environmental Research Letters, portant sur 11 944 articles publiés entre 1991 et 2011.

Les événements climatiques extrêmes – canicules, sécheresses, précipitations intenses — ont été formellement attribués au changement climatique anthropique par la science de la « détection-attribution », discipline qui a connu des avancées majeures dans les années 2010. Il ne s'agit plus d'intuitions : on calcule désormais dans quelle mesure un événement donné a été rendu plus probable ou plus intense par le réchauffement induit.
Enfin, les pertes économiques mondiales liées aux catastrophes climatiques ont plus que doublé en trente ans, selon les données de Munich Re, le plus grand réassureur mondial – un secteur qui, on en conviendra, n'a aucun intérêt idéologique à surestimer le risque.

 

Épilogue : la canicule ne demande pas votre avis

La canicule passera. Les mémoires sont courtes, les climatiseurs de grande surface font des promotions en septembre, et les certitudes reviennent vite quand octobre rafraîchit les esprits.

Mais les courbes, elles, ne reviennent pas. Les records battus le restent. Les glaciers fondus ne se reconstituent pas en une saison. Et les étés à venir seront, en moyenne statistique et avec une probabilité que les climatologues s'accordent à qualifier de très élevée, plus chauds que celui-ci.
Le climatosceptique est libre de ne pas y croire. C'est l'un des derniers luxes que lui offre encore un monde tempéré. Il devrait en profiter pendant qu'il peut.

 

Sources principales: GIEC AR6 (2021-2022) ; NASA GISS Surface Temperature Analysis ; NOAA Global Climate Report 2023 ; Cook et al., « Quantifying the consensus on anthropogenic global warming in the scientific literature », Environmental Research Letters, 2013 ; Munich Re NatCatSERVICE ; World Weather Attribution consortium.


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