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De l’urgence d’être conservateur

De l’urgence d’être conservateur

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Le livre De l’urgence d’être conservateur est celui d’un des plus grands philosophes britanniques actuel, Roger Scruton. Fait-on titre plus explicite ? « La conservation est affaire de beauté » affirme notre intellectuel anglais. Mais de quel conservatisme parle-t-on ? De celui du charme désuet de la société anglaise de carte postale ? Ou de ce bouillonnement cosmopolite d’une société ultra-libérale et ouverte aux marchés mondiaux, inégalitaire et multiculturelle, qui ne brille guère, de prime abord, par son conservatisme social, sociétal et économique. Assertion contestable face à une souveraineté maintenue par la conservation de sa monnaie, la livre sterling, et plus récemment par le choix du Brexit. La sortie de l’Europe technocratique atteste d’une farouche volonté d’indépendance et d’un avenir qu’elle seule veut tracer. Un conservatisme politique et de destin apparaît ici évident.

Ecoutons donc Scruton l’anglais nous dire les choses et nous aider à mieux comprendre ce qu’est précisément le conservatisme.

Un conservateur défend d’abord les classes moyennes qui travaillent, les ouvriers et les employés, tous dramatiquement exposés à la mondialisation. La disparition de notre industrie française a sonné le glas de cette catégorie sociale qui s’est totalement paupérisée, délocalisée dans les zones périurbaines ou rurales, et connaît aujourd’hui un chômage chronique, un déclassement systématique au profit des « minorités dites discriminées », ces populations issues de l’immigration et les immigrés eux-mêmes choyés par les politiques qui affichent ainsi leur modernisme et leur progressisme en faveur d’une société multiculturelle, diverse et nouvelle. La société anglaise affiche les mêmes symptômes et doit aussi déplorer la disparition de cette catégorie sociale si nécessaire à l’unité d’une nation. Pour Roger Scruton, « il n’y a aucun sens dans le combat pour la justice sociale si les ouvriers obtiennent pour finir un appartement fonctionnel dans une tour de béton surplombant le bruit des autoroutes. Ils ont droit à leur part d’enchantement, et cela ne peut arriver que si la beauté et l’ordre sont activement conservés ». Priorité doit donc être donnée aux classes moyennes, ce qui n’est désormais malheureusement plus le cas. Nécessité de conserver beauté et ordre à la société devient vitale aujourd’hui. Dans l’architecture aussi car « elle est le symbole de la validité des institutions humaines, de la décence et du sens de la continuité du peuple et de sa détermination à posséder la terre ». « Notre civilisation s’est mise à la recherche de la Jérusalem céleste, et nous la recherchons toujours dans les centres-villes usés de nos villes historiques. Partout en Asie et au Moyen-Orient, nous assistons à l’érection de cette nouvelle forme de ville, sans recoins, sans ombres, sans secrets. Nous européens résistons à cette maladie du mieux que nous pouvons, sachant que la perte de la ville sera la perte de trop ».

L’Eglise, vieille et noble institution pluriséculaire, fait partie de notre identité nationale. Voici ce qu’en dit joliment notre philosophe : « les bâtisses conservées par l’Eglise d’Angleterre ne sont donc pas seulement des symboles. Elles définissent notre condition spirituelle, même au milieu du scepticisme et de l’incroyance. Elles se dressent dans le paysage comme le rappel de ce que nous sommes et avons été ; et même si nous les regardons avec les yeux désenchantés des gens modernes, nous le faisons en reconnaissant qu’à leur manière, tranquilles, elles sont toujours enchantées ».

L’enracinement, autre facette du conservatisme, est une inclination naturelle chez l’homme violemment combattue par les modernistes et les remplacistes. Scruton nous dit que « le besoin de campagne n’est pas seulement un besoin d’air frais et de végétation ; c’est un besoin d’une expérience autre et plus ancienne du temps – non le temps de la conurbation moderne où les choses s’accélèrent constamment, et où le rythme est donné par des inconnus affairés, mais le temps de la terre, où les gens travaillent à des tâches inchangées et où le rythme est donné par les saisons ». La terre, les paysans, l’agriculture, que nous avons sacrifiés allègrement car ils semblaient dérisoires dans l’emballement médiatique, technologique, économique, mondial, virtuel qui était le nôtre. Terrible gabegie. Funeste inspiration.

L’histoire, quant à elle, « a de la valeur parce qu’elle contient des hommes sans les efforts et la souffrance desquels nous n’existerions pas nous-mêmes. Ces personnes ont produit les contours physiques de notre pays ; mais elles ont aussi produit ses institutions et ses lois et se sont battues pour les préserver. Dans tous les sens de l’obligation sociale, ils méritent de notre part un devoir de mémoire. Nous ne faisons pas qu’étudier le passé, nous en héritons, et l’héritage apporte avec lui non seulement les droits de propriété, mais les devoirs de la fiducie. Les choses pour lesquelles certains se sont battus ou sont morts ne devraient pas être inconsciemment dilapidées. Car elles sont la propriété de ceux qui ne sont pas encore nés ».

La religion ou plutôt, « la perte de la religion est la perte des pertes ». Analyse d’une magnifique acuité de l’auteur : « dans une société sans religion, nous observons une sorte de dureté de cœur contagieuse, une supposition, de tous côtés, que la tragédie, le chagrin, le deuil n’existent pas, car il n’y a rien dont on doive faire le deuil. Il n’y a ni amour ni bonheur, seulement le divertissement ». Le relativisme pour combler le vide, l’absence de transcendance, et au final, la consommation triste, les jeux, amusements, toutes choses qui détournent du tragique de l’existence, de sa beauté et sa grandeur.

Ce livre est un trésor à découvrir. A conserver aussi bien sûr et à partager. Comme les talents. Comme l’héritage des siècles passés, à transmettre, pour assurer la continuité mémorielle de notre civilisation. Pour faire sens. Afin que l’homme soit réceptacle, témoin, puis passeur. La dictature de l’éternel présent et la négation de notre histoire, ce « nulle-part omniprésent », ne nous rendent définitivement pas heureux.


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