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L’inconnu me dévore, Xavier Grall

L’inconnu me dévore, Xavier Grall

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Xavier Grall est un journaliste, écrivain et poète breton mort en 1981. Son livre L’inconnu me dévore paru en 1980 et réédité en janvier 2018 aux éditions Equateur est un long chant d’amour et de désir mystique adressé à ses cinq filles, ses « Divines ». Fils spirituel de Rimbaud, de Saint-Exupéry, écrivain de la présence qui déplorait la toute-puissance de l’avoir au détriment de l’être, notre poète scrute son temps : « Cette époque va mettre son âme au frigo. Moi, je crois aux héros et aux saints. Les autres m’emmerdent. Entre le monde du fric et celui de Mao, il doit bien y avoir un peu de place pour des hommes pauvres mais libres. » Maudissant les possédants et les satisfaits : « Bourgeois dans vos lits pourris, dans votre confort de fric et de morale, vous n’avez pas cinglé vers le large. Et peut-être seriez-vous damnés, si pour votre assomption, les poètes et les saints ne vous sauvaient dans leur nostalgie de l’Immense. » Epicurien et zélateur de la recherche inlassable du bonheur : « J’ai tout aimé. C’est mon honneur. Vous ne me retirerez pas cela. Non pas cela. Pas cette faim en moi des autres jusqu’à m’enivrer, pas cette gourmandise-là. Tous les chemins courent entre les haies d’été vers la rencontre heureuse d’Emmaüs. Et nous sommes sauvés et nous ne le dirions pas ? » ; « Je vous invite à méditer sur l’allégresse du christianisme. Allégresse en effet de cette religion qui nous assure que nous sommes aimés personnellement, que nous sommes à ce point aimés que quelqu’un veille sur nous, nuit et jour, et que nous ressusciterons et vaincrons les tombeaux. Moi, avec mon corps, je ne périrai pas. Et chacune d’entre vous, mes Divines, avec votre rire, votre charme, votre grâce, vous ressusciterez. »

Ce poète rebelle aux convenances, épris d’idéal, questionne nos sens et nos esprits rabougris et repus de matérialisme, afin que nous puissions comprendre où se trouve la part la plus sacrée (ou géniale) de notre être : « La pitié est, en définitive, la merveille de l’Univers. Il n’est pas une œuvre littéraire ou artistique qui ne s’en trouve inspirée. Pensez à Dostoïevski, à Tolstoï, à Rembrandt, à Cézanne, à Rouault. Il n’y a pas de création sans Miséricorde. Tous les hommes de génie ont été des âmes de Pitié. Et cette houle intérieure est, en définitive, la semence admirable de la musique et du poème. »

Se décrivant comme « catholique solitaire, mystique et fou » à la manière des fols-en-Christ d’antan, d’un Léon Bloy, ou des personnages de Georges Bernanos, Xavier Grall le bien nommé ne cesse de chercher le graal de l’intériorité heureuse : « Ô bon et très doux Jésus, prosterné à genoux en votre présence, je vous prie et vous conjure avec toute la ferveur de mon âme de daigner graver dans mon cœur de vifs sentiments de foi, d’espérance et de charité, un vrai repentir de mes péchés et une volonté très ferme de m’en corriger tandis qu’avec un grand amour et une grande douleur, je considère et contemple en esprit vos cinq plaies, ayant devant les yeux, ces paroles que le prophète David mettait dans votre bouche : ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. » La maladie finit par terrasser notre poète transi de vie et de joie qui aurait pu, en guise d’épitaphe et pour l’éternité, graver sur le granit breton ces mots qu’il aimait de Bernanos : « Quand je ne serai plus, dites au doux royaume de la Terre que je l’aimais plus que je n’ai jamais osé le dire. »


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