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Apologie de la désobéissance au travail

Apologie de la désobéissance au travail

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Travail et désobéissance : des définitions claires et connues de tous

Le travail… La définition en est simple, notre vécu également… Quelles que soient nos origines et études, notre fonction, quelque soit notre âge, le travail évoque pour nous des choses précises et du vécu. Il se traduit parfois dans notre chair la plus profonde ou dans notre âme. Certains d’entre nous en sont arrivés à force de travail au stade du burn out…

La désobéissance se définit assez facilement également dès le plus jeune âge. Désobéir peut se vivre dans sa chair, se traduit par des punitions rapidement, par des privations… Petites ou plus grandes privations, à tous les âges de l’enfance ou de l’adolescence, la vie est faite de privations voulues ou subites… La désobéissance est le pendant de l’interdit… Et l’interdit va de paire avec l’éducation. L’art d’éduquer étant de poser les bonnes limites au bon moment et de les adapter au contexte. Seuls quelques soixante-huitards attardés me rétorqueront encore qu’il est interdit d’interdire…

Chacun de ces deux termes a donc une signification claire et ce dès le plus jeune âge, si vous en doutez, demandez à un enfant de maternelle, il saura vous dire parfaitement pour lui ce que signifie désobéir et travailler. Avec ces mots certes, et son ressenti, mais vous verrez, l’expérience est étonnante…

Travail et désobéissance : deux termes antinomiques au premier abord

Là où cela commence à se compliquer, c’est lorsque l’on aborde la notion de désobéissance au travail. Au premier abord, ces deux termes sont antinomiques… Cessez l’expérience avec votre jeune nièce de 5 ans, elle ne vous suivra pas… son maître ou sa maîtresse lui demandent d’obéir lorsqu’elle travaille, ses parents lui demandent de respecter les consignes quand elle commencera à apprendre à lire ou à compter. Le corpus éducatif lui demandera de travailler et d’obéir aux consignes… Peu de place à la désobéissance dans le monde éducatif qui attend nos enfants, nos nièces ou neveux, ces chères têtes blondes comme le dit l’expression.

Faites alors l’expérience avec des professionnels, des vrais, des adultes aguerris au monde du travail et à ses règles et parlez leur de désobéissance… L’expérience risque d’être riche d’enseignements, Il est fort probable que l’on vous prenne pour un fou sauf si vous tombez sur le fameux soixante-huitard attardé ou un chercheur en sciences humaines spécialisé dans le travail… Alors, insistez… Réfléchissez au concret et au réel… Avez-vous déjà désobéi dans le cadre de votre travail ? Vous y a-t-on invité à le faire ?

Un appel clair de certains patrons à désobéir au travail

Travail et désobéissance : ces deux termes antinomiques ne le sont pas tant que cela dans les faits. Ils sont rares mais ils existent ces patrons qui demandent à leurs salariés de désobéir. Nombreux sont les articles sur Internet qui évoquent la problématique de la désobéissance au travail. Moi-même, j’ai connu deux de ces patrons (peut-être plus visionnaires que les autres ?) qui vantaient les bienfaits de la désobéissance au travail. Le premier faisait référence aux règles iniques venues de Paris et que l’on ne pouvait pas appliquer dans les faits et les détails. Il faisait partie de ces patrons au vrai sens du terme, un vrai Dieu local défiant ainsi la toute puissance bureaucratique parisienne. Il faut dire que nous étions dans le sud de la France !!!

Le second, peut être moins idolâtre de sa personne, ou plus ambitieux dans la suite de sa carrière qui se terminerait surement du côté de Paris et de ces états majors en charge d’édicter des règles, nous scandait parfois : ‘‘Je vous demande de désobéir, mais faites en sorte que je ne le sache pas…’’

J’avoue humblement avoir préféré le premier discours, plus clair et plus simple à comprendre : nous pouvions et devions désobéir car nous connaissions le travail véritable et ces contraintes et nous devions combattre l’enfer des règles au mieux, mal préparées et pensées, au pire, iniques. Nous suivons en ce sens notre table de lois édictées par notre Dieu local.

Le second discours est plus compliqué à comprendre et appliquer… Désobéissance et Travail peuvent donc être compatibles ? C’était sa conviction au service de la performance globale. Ce patron rejoignait les nombreux chercheurs qui ont bien compris la différence entre le travail réel et le travail prescrit. Il avait bien compris que le respect de chaque règle remplie de bon sens et donc applicable de façon unitaire conduisait à l’arthrose voire la paralysie totale du travail et donc de tout résultat.

Résultat orienté, légitimiste envers ce pouvoir parisien et centralisateur, il ne pouvait que nous appeler à la désobéissance sans qu’il en soit au courant. Pas vus de Paris. Pas vus pas pris…

Ces deux exemples ne sont pas rares…

Marie-Amélie du haut ces cinq ans ne peut pas comprendre… C’est trop violent pour elle… Je ne suis pas certain non plus que Côme, jeune diplômé d’une très grande école parisienne en commerce le puisse également… La désobéissance n’est pas enseignée dans notre système scolaire… Ni à Sarcelles ou Vaulx-en-Velin, ni sur le plateau de Saclay…

Apologie de la désobéissance au travail

Mais alors si la désobéissance n’est pas enseignée, voire la désobéissance civile fortement réprimée… Pourquoi ces deux patrons nous invectivaient-ils à nous rallier à cette pratique ? Non, ce ne sont pas les seuls c’est certain… De grands hommes ont su désobéir et grâce à ce non-respect de règles, ont réussi à dépasser des limites, à atteindre des objectifs jugés inatteignables.

Il faut lire les extraits d’un chercheur nommé Bruno Jarosson pour s’en convaincre : Napoléon, Steve Jobs, François Mitterrand ont désobéi… M Jarosson, finalement, a proposé une conférence sur ce thème sur ce plateau de Saclay (certes sous couvert de la CGT de l’Oréal SA).

La désobéissance est source de performances et ce, à double titre : elle permet d’une part de prendre du recul et de se questionner sur les pratiques usuelles d’une entreprise : ‘’ Réfléchir c’est désobéir’’, certes cet adage est pertinent. Mais arrêter de réfléchir, c’est la mort de toute entreprise alors incapable de s’adapter au contexte et de conquérir de nouveaux marchés.

La désobéissance, ou imaginer que ce qui n’est pas possible peut l’être, est également source de stimulation, d’adrénaline … Quel intérêt pour un adolescent de ‘’faire le mur’’ si c’est autorisé ? Quel intérêt de sécher un cours si Papa et Maman sont d’accord et que le corps professoral aussi ? Par contre développer des stratagèmes pour désobéir sans se faire voir, des stratagèmes pour désobéir au service d’un bien supérieur ou d’une performance à atteindre, c’est stimulant… Qui n’en a pas fait cette expérience ? La désobéissance est source d’inventivité, de créativité donc de performance.

Retourner voir vos neveux mais cette fois les plus grands, parlez leur de leurs bêtises, de leur désobéissance d’adolescents… Ils vous blufferont par leur ingéniosité, c’est certain !

Alors oui, soyons désobéissants au travail, nous retrouverons un peu de jeunesse et d’adrénaline, celles de nos années d’adolescents mais nous permettrons à nos entreprises de gagner en performance. Comme tout breuvage ou pratique, faut-il encore utiliser la désobéissance avec modération car l’excès peut conduire au pire.

Allez osons et désobéissons !!!


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