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L'effacement de l'enfant

L'effacement de l'enfant

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Nous vivons une drôle d’époque dont Bernanos avait compris que l’une des clés serait notre rapport à l’enfance.

Après l’époque de l’enfant-roi, il semble que nous soyons entrés dans une période d’effacement de l’enfance, comme en témoignent notamment le questionnement sur l’âge limite du consentement sexuel, mais aussi l’apparition en France, saluée récemment par Le Monde du mouvement childfree. Il ne s’agit pas de libérer les enfants, mais de se libérer des enfants.

Le sophisme du choix

La nouvelle rhétorique de la liberté utilise un argument simple : être libre, c’est : ne pas être obligé. Or la meilleure façon de montrer que l’on n’est pas obligé, c’est de ne pas faire. N’est-il pas évident que l’individu émancipé est celui qui aura définitivement rompu avec tout ce qui met un terme à son individualité ? De façon plus ou moins explicite, on essaie de nous expliquer que la volonté d’avoir des enfants n’est au fond pas un vrai choix, puisque toute la société nous y pousse. Aux jeunes couples, on demande systématiquement combien ils désirent d’enfants, on s’inquiète de l’arrivée de l’enfant.

Le phénomène childfree est une manifestation d’un phénomène plus profond que la dernière lubie de bobos en quête d’une nouvelle posture.

L’enfant est d’abord le lieu de la responsabilité, qui est le propre de la vie d’adulte. Derrière cette volonté de se libérer de l’enfant, on discerne sans peine ce rêve d’une adolescence permanente dont l’erreur est de croire que c’est en n’engageant pas sa liberté qu’on la conserve intacte.

L’enfant est ensuite, avec toute autre personne vulnérable, celui qui appelle une éthique sérieuse, au sens d’un réel souci du plus faible. Or notre bobo relativiste ne veut pas d’une éthique qui ne servirait pas ses propres désirs. Le droit à l’enfant qu’instituerait l’ouverture de la PMA aux couples de même sexe ou aux individus seuls, et plus encore la GPA, montre bien comment la pseudo éthique de notre temps adopte en réalité les codes de la société marchande. Le désir de amène l’apparition d’une offre qui se plie aux modalités du désir, sans être contraignant. On voit arriver l’époque où les contrats d’adoptions seront analogues aux CDD, avec période d’essai au terme de laquelle l’enfant pourra être remis dans le circuit d’adoption.

L’enfant est enfin celui qui nous provoque à transmettre. Mais l’ado bobo qui refuse qu’un bébé lui vole son adolescence en l’obligeant à devenir adulte avant la quarantaine n'a rien à transmettre. Il pense que Google répondra à toutes ses questions, et à celles des générations futures dont l’existence lui importe du reste assez peu.

Cette haine de l’enfant n’est certes pas neuve. Quant en 1934 Margaret Sanger, fondatrice du Planning Familial américain, propose son « American Baby Code », elle part bien du principe que c’est l’enfant indésirable qui est à bannir. De même, la loi Veil de 1975 poursuit dans l’idée que l’enfant ne doit la vie qu’au désir de l’adulte, il n’est pas nécessairement le bienvenu, avant d’être par définition indésirable.

Pour ceux qu’intéresse encore vaguement l’avenir de l’espèce humaine, il commence à paraître évident que la production des enfants ne doit plus devenir une affaire privée. Comme toute entreprise d’intérêt public et non privé, elle devra sous peu être confiée à un organisme public qui, à l’aide des médecins, en gérera les flux de façon rationnelle.

Qu’efface-t-on en effaçant l’enfant ? On efface la personne au profit de l’individu. Comme en témoigne l’histoire de ce concept, la personne est l’individu en tant qu’il est, par sa nature d’homme, inséré dans des relations. Contrairement à ce que voudrait l’individualisme dominant qui voudrait que nous soyons des atomes (c’est le sens du mot « individu »), les relations que nous entretenons avec autrui ne sont pas toutes extrinsèques à ce que nous sommes : nous sommes en effet des fils et des filles, éventuellement des pères et des mères, et surtout des hommes et des femmes, c’est-à-dire des êtres dont l’identité est relative à l‘autre.

Or l’individu que l’on cherche à nous vendre n’est plus homme ni femme, encore moins père ou mère, et réclame donc que l’on efface minutieusement l’indice flagrant de cette tromperie, indice qui est manifestement l’enfant.

Peut-être avons-nous le temps de réagir avant de nous réveiller en plein cauchemar.


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Noël avorté
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Transgenre : les limites de l’absurde encore repoussées
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