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L'invention de la jeunesse

L'invention de la jeunesse

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La jeunesse en tant que telle est une invention moderne même si chez les romains on parlait de « puer » ou « d'infans » qui n'avaient pas tout à fait le même sens qu'en 2019. Elle est née à la fois du commerce et des « Lumières ». Son invention n'est pas un mal en tant que tel. Finalement elle a amené des progrès et non des moindres dans la perception des enfants et des adolescents. Je pense en particulier à Rousseau dont le traité d'éducation inspire encore toute la pédagogie moderne, même si c'est parfois très dommageable. Je sais bien qu'il a abandonné sa progéniture à l'Assistance publique ou l'équivalent de son temps mais « l'Émile » présente encore quelque intérêt à être lu…

Pour montrer que cette évolution est positive dans « l'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime » Philippe Ariès rappelle des exemples choquants de comportement avec des petits garçons et petites filles qui dorénavant seraient considérés comme déviants. Je songe par exemple au journal de l'éducation du jeune roi Louis XIV dont la servante jouait alors qu'il avait quatre cinq ans avec son « guilleri » ainsi qu'on appelait cet organe à l'époque, organe comme le dirait Brassens que « rigoureusement ma mère m'a défendu d'nommer ici »…

Jusque-là de par des conditions de vie précaires et les aléas de la météo l'enfant était un adulte en miniature, un petit être dont on attendait très vite qu'il se comporte en membre presque complet de la société. On ne lui demandait pas son avis. A l'âge dit de raison, sept ans, il était grand. Il faut dire qu'il risquait fort de mourir d'un rhume avant douze ans et que les travaux de la ferme ou de l'atelier nécessitaient ses bras. C'est finalement l'amélioration de l'hygiène et des conditions de vie qui a permis l'avènement de la jeunesse.

Celle-ci est devenu un idéal, un nadir de la société. Progressivement la maturité et les cheveux blancs sont considérées comme insupportables, comme des plaies, ainsi que la douleur, la souffrance, des moments que l'on refuse alors que malheureusement tout le monde en passe et en passera par là en attendant que l'immortalité ne soit accessible à l'être humain. Ce quoi serait sûrement un cauchemar, quel ennui, l'éternité étant « longue surtout vers la fin ».

En attendant, tous les « seniors » ou presque, les hommes, les femmes s'entretiennent font du sport, mangent du vide et ne boivent que de l'eau. Attention, je n'ai pas dit qu'il est mauvais de vouloir bien vieillir, bien au contraire. Mais quand c'est dans le but de renier sa maturité, de renier le fait de devenir simplement un adulte fort de son expérience, c'est problématique, c'est renier la loi naturelle.

Je n'évoquerai même pas ici tous ces « adulescents » sans complexe se roulant dans la nostalgie extrême de leur premier âge, se réunissant pour des « gloubi boulga nights » des sessions nocturnes de visionnage de tous les épisodes de « Capitaine Flam » ou « les chevaliers du zodiaque », ou que sais-je encore. Quand certains ne vont pas jusqu'à reporter des couches et se faire dorloter par des « nourrices d'un drôle de genre . Là encore je ne conteste pas le fait que la nostalgie soit parfois agréable, le souvenir de sa jeunesse, mais quant à vivre dans ses souvenirs, ce que permet le web où l'on retrouve toutes les émissions télévisuelles de notre enfance c'est tout autre chose.

La jeunesse et « l'adulescence » sont aussi devenus des marchés pour le commerce. Cela se vend bien et les enfants et les adolescents sont des consommateurs actifs voire prescripteurs d'achats dans les familles. Certaines publicités de voiture leur sont destinées en premier. C'est le petit dernier forcément surdoué, forcément incompris  même s'il est nul à l'école qui décidera de quelle auto Papa et Maman ont besoin. Les « jeunes » dépensent, les « jeunes » sont importants pour cela, c'est une clientèle captive pour laquelle la possession de tel ou tel gadget parfaitement inutile finalement pour eux est devenue un signe d'acceptation dans le groupe…

Tout le reste, je parle de la culture, de la spiritualité, et quel mot grossier des valeurs ayant été rejeté dans l'éducation des parents…

Il y a une hypocrisie majeure dans la manière dont les autorités et politiques décident de l'éducation. Pour la quasi totalité des jeunes un brouet vaguement tenu par une sorte de gentillesse « über alles », quelques notions très superficiellement vue, encouragées dans leur paresse pour avoir la paix sociale, l'excellence pour les enfants de nantis…

Il faut savoir aussi que dans les médias quand on parle de « jeûûnes » on parle aussi dans certain cas des jeunes issus de l'immigration, de la fameuse « diversité…

Politiquement, les jeunes sont devenus un enjeu, depuis surtout tous ces moments où la « France est passée de l'ombre à la lumière » pour reprendre la formule de Djack Lang parlant de l'élection de Mitterrand en 1981, depuis « Maisoissantuite » aussi… Où le jeune est forcément dans le sens de la doxa politiquement correcte, forcément docile. Les jeunes sont automatiquement engagés dans le « bon » sens. En ce moment, par exemple on les encourage à suivre à fond Greta Thunberg. S'ils ne le font pas, ils ne sont pas sanctionné mais c'est tout comme. Ils sont sermonnés, vilipendés, déconsidérés.

On prétend leur transmettre un esprit critique qui est toujours dans le rejet des traditions, des valeurs d'avant, de tout ce qui en général demande un effort à fournir, intellectuel ou physique. La transgression devient une obligation, la transgression bien cadrée, bien normalisée… Ne restent donc pour cette jeunesse actuelle servile à tous les arbitraires, toutes les violences morales, que la loi du plus fort, la loi du plus grand nombre et de la sottise collective, toujours détestables, toujours haïssables.

C'est incompréhensible car un homme ou une femme de cinquante ans, par exemple, se connaît mieux, sait ce qui est bon pour elle ou lui, lit mieux, fait mieux l'amour et apprécie mieux la vie. Du moins pour ceux qui veulent se jeter à l'eau et s'accepter et ne plus se soumettre à la comédie sociale si fâcheuse… Le bonheur n'est pas dans le maintien artificiel de la jeunesse mais dans l'apprentissage quotidien de la maturité.


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