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L'impitoyable artilleur Bachelot contre les églises de France…

L'impitoyable artilleur Bachelot contre les églises de France…

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Qu'une ancienne ministre de la culture (étant donné ce qu'il reste de l'une comme de l'autre dans les considérations et principes qui les guident actuellement hélas en France, les minuscules s'imposent en conséquence nette) puisse trouver croustillante l'idée qu'au sommet de l’État (mais, de fait : à sa proximité, également), brutalement, et sans contredit ni véritable opposition quant à cette prétention ou présentation, l'on ait été tenté ou que l'on ait même seulement trouvé bon de communiquer directement au dit ministre de la culture, via Brigitte Macron et l’Élysée, de relayer "comme une pièce à verser au dossier" : un "plan" (sans doute pour le confondre, ce plan-là, avec celui du vieux langage cachotier des bagnes, qui sait?)… un plan, donc, consistant à remplacer la flèche incendiée et écroulée de Notre-Dame de Paris par un projet de sorte de vulgaire et sordide et immense phallus métallique, un géant à compléments de boules dorées pour tout fondement ou pour base (si l'on ose dire), en dirait déjà assez long sur le défaut caractéristique et absolu de l'ensemble des responsables politiciens et gouvernants, sur l'absence totale d'un rapport cohérent et conscient avec la réalité et la vitalité de notre nation ou de notre vieille patrie, avec tout profond symbole de civilisation, d'Histoire ou de dimension spirituelle. C'est déjà un premier point pénible, et qui serait de fait très cruellement et non pas seulement : ironiquement ridicule ; que la responsabilité de ce projet de mauvais goût et d'inculture revendiqués et finalement projet manqué vienne en partie, au milieu d'un pareil drame national et patrimonial, à titre de transmission même évaporée ou blagueuse ou un temps sérieuse ou agitée, de l'épouse du chef de l’État indique qui pis est, qu'importe le résultat de la démarche (l'idée demeurant non contestée par l'intéressée), un niveau de favoritisme, mais aussi une forme d'influence qui est moins honorable pour la République en cinquième vitesse que la forme de culture sur fond de porcelaine qui caractérisait la présence auprès de Louis XV de la délicate et déliée Madame de Pompadour. Personnalité cultivée, elle, qu'au passage de divers propos hivernaux, funèbres et glaçants de niaiserie blette et de médiocrité trop ouverte et trop bellement contente, Mme Bachelot, confond si lourdement et sottement, sans nul doute enfin, avec la Du Barry ! Le tout, probablement asséné au public sur le décidé mais mauvais ton d'une reprise manquée de : "Félicie aussi", entre poire et gaufrettes…

Pauvre Pompadour !

L'époque et le statut comme le pouvoir de cette dame-là, certes, n'étaient pas ceux de nos variations bananières et à moralités énergétiques et fictives actuelles. Mais, dans les déclarations nouvelles de l'ex-ministre de la culture Bachelot, qui est de ces dames qui aiment Verdi pour ses attributs virils plus que pour sa musique et poursuit peut-être ainsi, régulièrement par voie de presse une certaine obsession que l'on peut remarquer à l'interrogative et sans la juger pour autant, il y a plus préoccupant, pour la dimension spirituelle, à quelques heures passées du jour du cent-cinquantenaire de la naissance de Charles Péguy, il y a plus grave.

Ainsi, madame Bachelot, avec sa fausse bonhomie annonce comme s'il s'agissait d'une préparation d'artillerie lourde et d'une pré-offensive comparable au tragique ratage du Chemin des Dames, qu'il est temps et qu'il est nécessaire en France de détruire des églises en masse, en rage, qu'il faut en détruire parce qu'on en a dit-on, juge-t-on : trop pu construire, notamment au dix-neuvième siècle (autant dire : quand Bonaparte a rétabli le catholicisme en France et dans une partie de l'Europe) ! Quel jugement étroit.

Le vrai est que, depuis plusieurs années, pour divers motifs et notamment pour une part de réduction culturelle, on abat, on détruit, on sacrifie déjà de longtemps, de dix à vingt églises annuellement dans notre pays. Disons-le : dans une coupable ou choquante ou bien triste indifférence. Madame Bachelot et prédécesseurs comme successeurs entendent donc nous prévenir avant d'agir sans cesse ni trêve. Le sort des églises de France est mesuré, leur temps de présence est compté. Pour l'ex-ministre pomponnée Bachelot, et pour tous les complices de sa logique, les amateurs de vandalisme public (et l'on pourrait ajouter : pour ses devanciers puis continuateurs, depuis 1793: vandalisme étant un mot forgé en ce temps-là, à prétention révolutionnaire comme à joie armée de la "tabula rasa"!), le vaste chantier de démolition semble bien ouvert.

Devant cela, que dire ? Qu'on regrette le temps où bien des artisans, bien des esprits cultivés et soucieux, peu religieux voire pas (comme Mérimée) sauvaient par la plume et par le goût, par l'action de restauration enfin, par l'alerte aussi, les églises de France. Qu'on préfère défendre et montrer la "grande pitié" des églises de France pour les sauver, pour les restaurer. Que Barrès aura toujours raison contre la médiocrité des arguments de la chroniqueuse ministérielle satisfaite qu'est Mme Bachelot, et surtout : raison contre toute sa lourdeur d'artillerie et de scandale. Qu'il vaut mieux sauvegarder toutes les églises de notre vaste patrimoine que d'annoncer, avec des arguments de pitoyable honte, sans cacher en prime une certaine forme de réjouissance à venir, sur des plateaux télévisés, une campagne de vandalisme total, alors qu'on ne défend plus rien en termes de civilisation, de culture, d'héritage, de foi, de passé, de présent ou d'avenir. Que dire encore ? La France, ta civilisation fout le camp, et tes églises avec !

Cette modification forcenée du paysage, déjà entamée, déjà orchestrée, déjà partiellement réalisée, va donc être intensifiée (n'étant pas plus démentie que le projet abandonné concernant la flèche impudique et volontaire, présenté puis minimisé enfin prudemment sinon pudiquement ! de Notre-Dame de Paris). Qui l'empêchera ? Qui se mobilisera contre elle ? En abattant les églises, nous nous rabaissons, en logique d’État, au niveau sanglant et atroce des destructeurs de monastères et de lieux saints ou respectables qui, dans l'Orient abandonné, en Syrie, en Arménie martyre, favorisent et organisent le fanatisme le plus absolu. Et nous oublions et méprisons les morts et blessés de Nice, de Saint-Étienne-du-Rouvray, et d'ailleurs en France. Cet ensemble de lâchetés se maintient, s'amplifie ou se déclare décidément comme une indignité de gouvernement. Ce principe ravageur, destructeur est grave, puisqu'il est constant, confirmé dans les faits. Par des démolitions régulières, aggravées. Il s'agit d'une promesse tenue, la seule de ce gouvernement, d'un principe décidé, d'une menace directe et forte, même exprimée sur le tard par une ministre sortie de l'exercice (on n'ose plus parler dans ce jeu triste de métier ni même de belle vocation), sinon dégagée de ses devoirs. Lesquels ne consistent en rien à favoriser un chantier de haut massacre généralisé !

Il est étonnant qu'entre la sagesse républicaine de Péguy, entre la pitié nationale qui marquait Barrès, une ex-ministre de ce qui devient aujourd'hui l'indécence et l'inculture de la République se veuille saccageuse et championne du tractopelle, dynamiteuse et terroriste. La mémoire de certains attentats d'un autre janvier devrait en France faire taire de pareils ministres, responsables à idées lourdes, mais hélas : il n'en est rien. Quand on est inculte, volontairement, vulgairement et publiquement, quand on prétend en faire une politique fantasque puis fanatique, ridicule puis honteuse mais assumée, c'est que : décidément, on ne respecte plus rien. Ni personne. Pas plus la culture de son pays que ce pays-même ni son peuple. Quand on ne respecte plus, on ne défend plus. On saccage, on brade. On sacrifie, on démolit. Sans honte, mais par un réflexe misérable. Sans honte, sans pitié. Ni mérite. Voilà un début d'année publiquement et politiquement, inculte (plus que culturellement inconscient ou accidentel), un principe politicien flagrant et sans la moindre circonstance atténuante, à la fois bilan et programme, un fait froid, glauque, voulu et dit, médiatiquement et vulgairement, voire : proprement écœurant.

Un projet général et minable. Qui talibanise ou qui en fait l'annonce, en France. Le progrès par préméditation, comme qui dirait : "En marche !", sans doute ?


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