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La police est dans chaque conscience

La police est dans chaque conscience

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Dernièrement, j’ai joué la pièce Le souper de Brisville et la sentence de Fouché (mon personnage) « La police sera dans chaque conscience. » a depuis tendance à m’obséder pour qualifier l’état d’esprit actuel. Le politiquement correct des élites s’est infusé dans la tête de chacun, ce qui a pour conséquence qu’on se cogne à des murs de verre sans arrêt. D’où le sentiment de vivre dans une dictature, celle à visage humain bien sûr, promise par l’européiste Deloriste lui-même. Aussitôt, on nous répond qu’une dictature est autrement plus répressive que notre société, que notre démocratie permet au contraire une véritable liberté d’expression assez inouïe. J’aimerais citer ici l’académicien Andreï Makine, que j’ai interviewé pour l’Incorrect l’été 2021. Ce dernier se pose la question de savoir si finalement il n’était pas davantage libre que nous dans son enfance en ex-URSS. Il continue en soulignant que certes on ne risque ni le goulag ni que l’on nous tape sur la tête (quoique…) mais que nous avons en Occident intégré le mensonge comme mode de pensée : nous nous mentons entre nous, nous nous mentons nous-mêmes, dans une autocensure sans cesse suggérée par le pouvoir et son expression médiatique.

J’avais déjà compris en donnant comme nom à ma maison d’édition Nouvelle Marge, que le centre était bel et bien occupé et que nous ne pouvions exister que dans la marge, voire même que nous en avions le devoir pour le salut de l’humanité. J’avais facilement comparé Internet au bac à sable dans lequel on nous laissait jouer pour mieux nous museler partout ailleurs, pour mieux justifier l’œuvre des rentiers du politiquement correct toujours remis sur l’établi pour la rééducation des peuples et le règne de l’empire du bien. Néanmoins, on ne se refait pas et cherchant sans arrêt à fuir la pensée militante dans le refus d’être simplement un « politiquement incorrect » miroir de ce qui nous oppresse, je ne cherchais en parallèle qu’à porter mon regard sur tout ce que j’aimais dans les arts. Je cherchais obstinément (et je crois que je continuerai) à aller à la rencontre des peintres, des chanteurs, des poètes au-delà des appartenances politiques qui pouvaient être radicalement opposées à quelques-uns de mes combats. Je déclarais haut et fort qu’il ne fallait pas faire le jeu de ce qui divise, que nous avions une incapacité à nous comprendre sur terre, que nous étions tous condamnés à nous tromper de bonne foi, et qu’il fallait au contraire contempler le mystère de ce qui rassemble au-delà de toute discussion politique, le mystère de regarder de concert une œuvre d’art, d’écouter une chanson, de se lire et de se relier. Et ça a marché. Parfois de façon précaire, parfois de façon profonde. Sauf que j’ai aussi une liste qui s’allonge comme le bras de cas où mon interlocuteur a tellement bouffé du flic qu’il me quitte comme après une nuit d’amour en disant : « Cela ne va pas être possible Maximilien, vous faites partie des seuls à avoir su mettre des mots sur mon travail, vous êtes un des seuls à m’avoir compris mais cela ne va pas être possible, vous comprenez car vous êtes … et cela pourrait nuire à ma carrière, à ma vie sociale et familiale, etc. »

Et les exemples sont légion, et je ne devrais même pas les évoquer ici de peur qu’ils me reprochent de pouvoir être trop facilement identifiés. Citons juste de façon sibylline, des peintres effrayés par L’Incorrect, un chanteur ne voulant pas se retrouver dans le média où Renaud Camus fut interviewé, une radio qui refuse de me tendre le micro car je serais « maurrassien » (car éditeur de Stéphane Blanchonnet…), un diffuseur qui refuse une co-édition à cause d’amis que j’ai à l’Action française, etc.

La police est dans chaque conscience. Oui. Et comme en crise sanitaire, dans le domaine de la culture, chacun semble depuis longtemps être drapé d’une délégation de police politique pour censurer et s’autocensurer. Le libraire est le flic du diffuseur. Le diffuseur est le flic de l’éditeur. Les médias sont les flics de tous.

On ne demande jamais aux personnes présentées dans un journal de faire allégeance à une ligne éditoriale, et surtout pas dans les pages culture. On n’est même pas censé leur demander leur autorisation, un journaliste parle de ce qu’il veut… Mais notre monde en a pensé autrement et il s’agit de ne pas nuire à l’embryon de carrière que l’on a. Moi j’ai fait la fête de l’Huma, oui monsieur, et même assis entre Gérard Miller et Gérard Mordillat ! Et je fus très heureux d’y vendre deux livres. Je suis pourtant loin d’être communiste et d’apporter mon soutien à ceux qui soutinrent les massacres de masse, mais je place l’art et la littérature au-dessus de tout. Sinon, ça ne vaut rien d’écrire. Être artiste, c’est rendre tout dérisoire et surtout la politique, et même les meurtres de masse.

Et je rêve encore de faire renaître Montparnasse de ses cendres, retrouver le lieu où tout le monde se croisait autour du zinc, journalistes, pamphlétaires, peintres, poètes, romanciers, danseuses, intellectuels, chanteurs, comiques, putes, mimes et jongleurs… sans que jamais personne ne soit obligé de montrer la carte du parti, sans que jamais on ne soit obligé de donner des gages d’adhésion à la ligne officielle du progrès au pouvoir.


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