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Les pieds de nez de Valéry Molet

Les pieds de nez de Valéry Molet

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Valéry Molet nous a livré un nouveau recueil de poèmes et de textes. Le rythme s’accélère. Ecrire ainsi est sa nouvelle façon de vivre, de se prolonger. Valéry Molet poétise comme il respire, c’est sa nature. Il n’y a pas de différence ontologique entre le poète et ce qu’il écrit. Cela signifie qu’il a réussi. Il est peut-être le seul. Il a réussi à faire de sa chair du verbe. Définitivement. Il n’a qu’une seule langue et elle est poétique. Le titre de ce nouveau recueil est un proverbe, une sentence : Et moi je rirai de votre épouvante. Histoire de dépasser toutes les prophéties en les rendant caduques. Ici et maintenant, il manifeste sa capacité à respirer l’air pur hors de la grotte. S’il savait qu’on l’envie…

Valéry Molet poétise ce qu’il vit, ce qui lui passe par la tête, ses souvenirs. Il renonce à toute la subtilité des arguments et de l’intelligence pour les sacrifier sur l’autel de l’arbitraire poétique. Tout art est totalitaire, il n’y a rien à négocier avec personne. Pas de compromis : l’art ou la vie. Il s’explique pour ne pas avoir à y revenir : « J’écrirais un manifeste sur la nécessité d’une poésie narrative, sans quotidienneté et sans question philosophique sous-jacente, une poésie de l’excès dans la contemplation, de la fureur aux abords du silence et de la gomme à effacer les littératures molles. On ne dira jamais à quel point la philosophie de l’être a stérilisé une partie de la poésie. Quand on n’a pas la force de mettre une volonté dans les choses, on y met un sens, ce qui revient à croire qu’une volonté s’y trouve déjà. »

La poésie de Molet est apophatique. C’est important de commencer par se distinguer en déterminant ce que la poésie n’est pas, ce que lui n’est pas. L’aphorisme est son mode d’expression naturel. Avec Molet, il n’y a plus de labyrinthe. Le texte n’est plus un piège, l’écheveau issu de nos raisonnements produits à la chaîne est dépassé. Tout est raccourcis dans l’écriture de Molet. On explose le dédale en creusant des tunnels ou en jouant à saute-moutons. Il ne s’encombre ni d’une pensée construite ni du monde réduit à un lieu commun, tous ses vers ont des pieds de nez.

On ressent à le lire toute l’incongruité de tout ce qui nous entoure, et c’est rassurant car on aurait tendance spontanément à se sentir soi-même de trop. Molet n’est pas insensible à ce qui l’entoure, il est imperméable. La poésie est la manifestation des aliénés. Il écrit, il décrit et « tout ressemble à un cabinet de curiosités ». Le monde forme une collection absconse d’objets incongrus rassemblés par on ne sait quelle volonté étrangère à l’humanité. Seule l’apparition d’une femme aimée peut redonner du sens à tout ceci, en pieds de nez encore une fois. La volupté ordinaire est vertigineuse, toujours imméritée, toujours outrancière.

« En attendant, tu es là, belle
Outrepassant ta propre beauté. »

Il y a de quoi s’en étonner quand ça vous arrive, il y a de quoi ne pas en revenir. Il prend pour lui le conseil formulé à son fils : Ne reviens jamais à Ithaque. Bien plus qu’incarnée, la poésie de Molet se veut rabelaisienne. C’est ainsi que le poète, homme nouveau en pleine renaissance, oscille entre un manque total de savoir-vivre et un abandon absolu à la jouissance, entre le suicide et l’amour. Valéry Molet, parce qu’il est poète, représente bien l’avenir de l’humanité. Le lire c’est déjà ne plus jouer le jeu, c’est déjà savourer notre échappatoire, tout en pieds de nez.


Valéry Molet dénoue son nœud de pendu
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Valéry Molet transforme l’ordinaire en mystère
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Aristote, l’ennemi des libéraux libertaires
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