Western chorba : filiation et hasards de la vie
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Western chorba : filiation et hasards de la vie
Western chorba est le premier roman de Zélie Siakhem, publié aux éditions du Clos Jouve. Des éditions qui avaient pourtant juré de ne publier que des objets littéraires et non des romans, mais qu’il est doux de déroger à la règle surtout quand c’est la sienne ! Western chorba n’est cependant pas un roman classique. Il est constitué de deux parties distinctes mais partageant le même ton narratif et la même narratrice. Il pose la question du déterminisme de la filiation et des hasards de la vie.
Dans une première partie, nous faisons connaissance avec la famille de Katia, fille du peintre M'Hamed Issiakhem, peintre qui se distingue par l’élégance du plus profond désespoir. La narratrice savoure : avoir son grand-père dans le dictionnaire, tout de même, ce n’est pas commun ! La mère c’est « mamie Georgette » pour la narratrice et pour Katia, la fille, c’est simplement, l’autre. Son véritable nom est Pouchkina, figure iconique de l'intelligentzia algérienne. Dans ce récit familial, récit à trou, peuplé de fantômes et de non-dits, tous les échecs se transforment en saveurs. « Y’a des trucs, ça va avec l’enfance, ça va avec le souvenir. » « On n’a jamais fini avec nos fondations. » C’est-à-dire que nous ne sommes pas achevés. Il faut croire que seule la mort nous achève… L’héritage, c’est peut-être tout simplement le bagage qu’il nous faut traîner plus loin, jusqu’au bout.
La seconde partie nous propulse plus loin, au moment où les hasards de la vie ont décidé, ont tracé la suite de ces filiations. Zélie Siakhem esquisse des portraits de femmes qui doivent se réinventer après une séparation, portraits de femmes à l’image de la fille de katia qui témoigne encore. Quelle est la place des femmes de 50 ans ? La narratrice se dit irrésistiblement attirée par les hommes qui la détruisent. Nous fréquentons dans de courts chapitres l’humiliation des femmes quittées, des femmes seules : Clara, Inès, Camille, Adèle, Delphine… Personne ne se plaint, ce n’est pas le sujet, on raconte tout simplement. On goutte tout le pathétique de la vie, la multitude des petites humiliations. Écoutons Katia résumer : « Moi je crois au sublime et je bouffe du grotesque. » Le sommet de tout ça, ce sont bien sûr rencontres sur Meetic.
Au final, qu’est-ce qui nous appartient après la rupture ? Les souvenirs ne sont plus partagés. Dire que l’ancien amoureux passe sans dire bonjour… Elle lui avait pourtant fait l’amour et un crumble… C’est tout simplement du négationnisme à la petite semaine appliqué aux relations amoureuses. La vie est remplie de petites vacheries comme ça, vacheries qu’on n’est pas parvenu à éviter. Et la leçon que Katia tire en voulant l’éviter : « Apprendre à vivre seul. C’est pas la punition, c’est la solution. »
Les deux récits de Zélie Siakhem forment un blues, ils sont écrits comme dans un rire nerveux, entre éclats et grincements. Et nous grimaçons en coin comme on savoure.
Western chorba, roman de Zélie Siakhem, ed. Le clos Jouve, 122 pages, 15€



