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Suarès nous transmet Dostoïevski et Baudelaire

Suarès nous transmet Dostoïevski et Baudelaire

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Article paru une première fois dans Le Bien Commun n° 34, novembre 2021 (Journaux Archive - Le bien commun)

Suarès vient de sortir deux livres ! Et nous devons cette résurrection à Stéphane Barsacq. Il contribue ainsi à remettre le marginal provençal à sa juste place. Deux grandes anthologies inédites sous leur forme nous sont livrées, une au début de l’été 2021, Vues sur Baudelaire, et l’autre à l’automne 2021, Avec Dostoïevski. Les écrits de Suarès ne sont pas théoriques. Tout est prétexte à nous livrer sa langue radicale et poétique. Barsacq précise : « Avec ces livres, Suarès joue sa vie, propose au lecteur de jouer la sienne, et peut-être de se sauver. » Ses portraits de Dostoïevski et de Baudelaire relèvent de la peinture. Il rabâche parfois car il sait que le lecteur a la tête dure, alors il repasse une couche sur la vie intérieure, sur le sacrifice des écrivains, sur leur nudité, sur leur capacité à faire une œuvre d’art avec leur langue.

Nous ne pouvons pas lire les deux opus sans nous amuser à établir un parallèle entre les deux génies : Dostoïevski et Baudelaire sont tous deux touchés par la misère, la maladie, tous deux sont partagés entre le blasphème et la prière, tous deux semblent synthétiser les maladies de leur siècle idiot, etc. Et nous trouvons sous la plume de Suarès de quoi établir le portrait-robot du génie.

« Baudelaire, le plus intérieur des poètes. » écrit Suarès. Il souligne également que Dostoïevski va très loin dans l’art cruel de se connaître. Et le dialogue intérieur conduit les deux génies à être dans leurs œuvres un champ de bataille entre le mal et le bien. C’est que le mal est un passage obligé dans la quête vers Dieu. Les deux semblent se sacrifier pour ce qu’ils ont à dire. Suarès note que Dostoïevski croit que les livres sont faits pour retourner l’âme, de fond en comble. Sur Baudelaire, il écrit : « Il a laissé une œuvre vivante et brève qui est un raccourci d’homme. » Aucun doute pour Suarès, un écrivain doit se mettre dans son œuvre comme matière première, il doit se muter en phrases, en poésie. Il faut donc que le poète ne ménage rien de sa personne pour l’être réellement. Il faut donc se sacrifier pour la littérature. « Il y a des hommes qui transparaissent, quoi qu’ils fassent, à travers tous les usages du monde : Ils offrent le scandale de la nudité. » Pour se sacrifier, ils sont obligés de se dévoiler, d’être nus, c’est ainsi qu’ils révèlent la vérité de leur être profond. Dès lors, comment articuler ce sacrifice avec une certaine pudeur suggérée par le geste poétique lui-même ? Le dilemme est d’être à la fois vrai et beau. L’équilibre trouvé leur permet d’engendrer une œuvre d’art. Suarès qualifie la narration de Dostoïevski de poème épique. Et pour Baudelaire, il compare la précision de sa poésie à la sculpture. Les deux ont hissé le verbe au rang d’œuvre d’art. Suarès aime mettre en dialogue les poètes, les artistes, les écrivains. Barsacq fait de même pour nous faire entrer dans cette ronde pour la gloire de la littérature et notre salut.

Vues sur Baudelaire, André Suarès, Éditions des Instants, 15€, 192 pages
Avec Dostoïevski, André Suarès, Éditions Corlevour, 17€, 160 pages


Le sacre de Baudelaire par Suarès
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Baudelaire obligatoire
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Suarès, miroir du temps
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