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Wokisme

Wokisme

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Wokisme et cancel culture sont les nouveaux avatars que les Etats-Unis nous imposent. La servitude volontaire, que le cher ami de Montaigne, La Boétie, décrivait déjà au XVIème siècle, nous rend esclaves de ceux-ci. Mathieu Bock-Coté, brillant essayiste québécois, fait paraître La révolution racialiste pour décrypter les matrices idéologiques de ces rejetons de la folie post-moderne.

Est-ce une révolte intersectionnelle pour déconstruire la société patiemment forgée par les siècles, unissant indigénistes, décoloniaux et antiracistes, sorte d’internationale des discriminés ou des racisés ? On peut répondre en utilisant la célèbre réplique que La Rochefoucauld fit à Louis XVI : « Non, Sire, pas une révolte. C’est une révolution. » Une révolution contre les blancs. Macron lui-même, et sans surprise, abonde dans l’idée qu’il y aurait un scandaleux privilège blanc qui doit être résolument combattu et annihilé.

Pascal Bruckner, dans un ouvrage récent intitulé Le racisme imaginaire, a dénoncé l’horreur en cours, et Bock-Coté quant à lui détaille le processus à l’œuvre : « Une mouvance nouvelle, une nouvelle gauche religieuse américaine, la gauche woke qui se veut éveillée, éclairée par la Révélation diversitaire, et qui fait de la race la catégorie sociologique et politique la plus importante, multiplie les grandes processions au cœur des capitales et métropoles des deux côtés de l’Atlantique, en scandant des slogans décoloniaux pour qu’enfin s’effondre le vieil Occident, qui croulerait sous le poids du racisme systémique. La reconnaissance de ce dernier serait désormais impérieuse. »

Le wokisme est, n’en doutons pas, une modalité du choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington, et il est impressionnant de voir combien le rouleau compresseur de cette idéologie est puissant : la société doit être rééduquée, les médias, politiques et milieux universitaires s’emploient à cela 24h sur 24 parce qu’il faut à leurs yeux, afin d’accompagner ce mouvement historique, rendre les peuples étrangers chez eux. L’immigration ininterrompue est le moyen privilégié pour créoliser les populations occidentales et les faire entrer dans cette nouvelle religion qu’est le multiculturalisme. La créolisation chère à l’islamo-gauchiste Mélenchon (et à la majorité des politiques français) permettra en effet de déblanchir les sociétés occidentales afin de les faire gagner en humanité. « Un vaste système de surveillance des pensées se met en place, explique notre auteur. Les psychologues du régime diversitaire élaborent en laboratoire et au fil des colloques une batterie de tests pour mettre au jour les préjugés et coupables arrière-pensées, ou ce que l’on nomme doctement les biais et associations implicites de l’homme blanc, pour ensuite les déconstruire. » L’épidémie gagne les sportifs qui, dans un pitoyable réflexe pavlovien du politiquement correct, posent un genou à terre, au début des matchs, signifiant par là leur souhait d’expiation des crimes du passé. Quoiqu’anachronique et parfaitement inutile, ce geste qui n’engage pas à grand-chose est certainement rémunérateur en primes de grands sponsors…

La révolution racialiste est une révolution contre les blancs, faut-il le répéter, contre le grand coupable occidental face à l’Histoire : l’homme blanc hétérosexuel chrétien. Bock-Coté précise : « Il est toutefois interdit d’y voir un racisme antiblanc, qui serait une impossibilité logique puisque le racisme doit être nécessairement blanc, et le blanc nécessairement raciste. » Cette révolution dévastatrice des sociétés occidentales s’est aussi invitée dans les entreprises privées « qui, loin d’y résister, s’en font les vecteurs, en assurent la publicité, comme s’il s’agissait d’une image de marque. » Si le Pape Pie XI en son temps alertait sur le caractère intrinsèquement pervers du racialisme, on peut s’inquiéter aujourd’hui de voir peu de grandes consciences faire barrage aux intégristes racialistes qui affirment que les sociétés occidentales sont sous l’emprise du racisme systémique, que l’ordre social est discriminatoire, raciste, sexiste, hétérosexiste, cisgenre, capacitiste et spéciste. Quel délire sémantique d’ailleurs avec cette invasion de néologismes !

La folie de la cancel culture, de l’annulation dirons-nous en français, se répand tous azimuts, elle se traduit par une éradication rétroactive devant être totale : « Même ceux qui hier encore étaient admirés, sinon adulés, ont été renversés. Victor Schoelcher, l’abolisseur de l’esclavage, fut pris pour cible, ainsi que le général de Gaulle ou Victor Hugo. En Grande-Bretagne, la statue de Churchill fut vandalisée, avant de voir une école portant son nom débaptisée. On aurait pu croire Gandhi protégé contre la furie iconoclaste : il fut pourtant la cible des insurgés. Jusqu’à la Petite Sirène, à Copenhague, au Danemark, qui ne fut pas épargnée, en tant que « poisson raciste » ! Les peuples, apparemment, n’ont plus droit d’honorer leur héros, ni même de les respecter. Ils doivent inverser leur regard sur leur propre histoire. » Aux yeux des révolutionnaires vengeurs, une nation témoignerait ainsi de sa grandeur en cherchant à s’abolir : c’est dans la désincarnation angélique qu’elle trouverait sa rédemption.

Tout ceci interroge sur l’impasse absolue qu’est la négation de la Vérité, du refus de sa recherche en tant que moteur de la civilisation occidentale, le christianisme en ayant été la matrice, au profit de l’affirmation de toutes les vérités individuelles subjectives qui ne trouvent plus aucune limite à leur expression.

Afin de comprendre ce qui peut l’être, la référence à Chesterton est, comme toujours, bénéfique : « A ne plus croire en Dieu, les hommes ne croient plus en rien, et à ne plus croire en rien ils croient en n’importe quoi. » Comment mieux dire les choses ?


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