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Un jeune prêtre à l’école de Georges

Un jeune prêtre à l’école de Georges

Par  

Georges Bernanos, romancier et essayiste français est un personnage qui a influencé le christianisme français du XXème siècle. Son roman le journal d’un curé de campagne (prix du roman de l’Académie française en 1936), frappe encore aujourd’hui par sa résonance et sa probité par rapport au ministère des jeunes prêtres dès leur entrée en paroisse. Dans ces mois des ordinations sacerdotales, nous avons eu l’idée de faire retentir encore un fois ce cri de Bernanos pour qu’il puisse porter ses éclats d’encouragements à ces jeunes prêtres fraichement ordonnés qui risquent, dès leurs arrivées en paroisse, de se heurter à l’incompréhension et à l’indifférence d’un village (d’une ville) dévoré(e) par le péché et par l’ennui à la manière du jeune curé d’Ambricourt, grand personnage du roman. De son verbe simple et franc, Bernanos trace le portrait d’un jeune prêtre en paroisse en face de ses combats et ses épreuves …

L’homme qui doit être à l’école des choses

Il est d’une forte nécessité d’être à l’école des choses dit Bernanos pour être libéré de cette crainte presque maladive que tout jeune prêtre éprouve. Pour ce, il est obligé de s’en tenir forcément à d’austère leçon doctrinale si usé mais sûr, ayant au moins le mérite de décourager les commentaires ironiques à force de vague et d’ennui. Cette école de la vie dont parle Bernanos, fait qu’un jeune prêtre, bien qu’il se doive d’abord aux âmes, ne doit pas rester ignorant des préoccupations presque légitimes qui tiennent une si grande place dans la vie de ses paroissiens.

Qui ne doit pas descendre de la chaire de Vérité.

Le prêtre est là pour enseigner la vérité. Cette vérité ne doit pas lui faire honte. Ici, Bernanos rappelle que le prêtre ne doit pas faire partie de ceux qui s’en tirent des boniments car ces derniers s’attachent à proclamer de vérité consolante, mais le prêtre s’attèlera à proclamer une vérité qui délivre d’abord et console après. Cette parole de Dieu qu’on proclame, peut-être le prêtre voudrait la prendre avec des pincettes de peur qu’il ne se brûle. Par ailleurs, un prêtre qui descend de la chaire de vérité, dit Bernanos, la bouche en machine de poule, n’a pas fait une prédication, il a ronronné, tout au plus. Sachons donc qu’on ne propose pas la vérité aux hommes comme une police d’assurance ou un dépuratif. La Vérité du bon Dieu, c’est la vie. Pourtant, nous avons l’air de porter cette Vérité, alors que c’est plutôt Elle qui nous porte, ajoute Bernanos.

Qui ne se permet pas de boutades.

Les paroles d’un jeune prêtre inexpérimenté seront toujours relevées par ses ainés, dont le devoir est de se former une opinion sur les nouveaux confrères. Et cela est normal, dit Bernanos. Et dans les communautés du genre, le contrôle est légitime, et il y aurait mauvais esprit à ne pas l’accepter de bon cœur. Raison pour laquelle les supérieurs conseillent la prudence de peur qu’il n’y ait un prêtre irréfléchi qui risquerait de jouer les écervelés.

Qui ne se fait pas l’illusion de changer ce pauvre monde en reposoir de la Fête-Dieu.

Il faut toujours de la persévérance dans les choses. Dans le cas contraire, sous prétexte que la première expérience du ministère dément leur petite jugeote, les jeunes prêtres lâchent tout. Oui, le prêtre bernanosien n’est pas un museau à confitures. Pas plus qu’un homme, une chrétienté ne se nourrit de confiture. Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mais le sel. Comme une femme de ménage ne doit pas se lasser à faire de la propreté car elle sait que sa maison n’est pas un reliquaire. De même, le prêtre n’est pas appelé à anéantir la saleté mais à la combattre. Une paroisse, c’est sale forcément, une chrétienté, c’est encore plus sale. Bernanos prend donc le soin de montrer par conséquent que l’Église doit être une solide ménagère, solide et raisonnable.

Qui n’a pas une marotte d’être aimé pour lui-même

Un vrai prêtre n’est jamais aimé. L’Église s’en moque que vous soyez aimés, chers prêtres, ajoute Bernanos. Soyez d’abord respectés et obéis, insiste l’auteur du Journal d’un Curé de Campagne. Au lieu de pleurnicher, le prêtre doit commander. Faites donc de l’ordre à la longueur du jour. Faites de l’ordre en pensant que le désordre va l’emporter encore le lendemain, dit Bernanos, parce qu’il est justement dans l’ordre.

Qui ne regardes jamais l’injustice sans prier

Le prêtre appartient à une race d’homme que l’injustice flaire de loin, qu’elle guette patiemment jusqu’au jour. Il ne faut pas que ces prêtres se laissent dévorer. Surtout, il ne faut pas croire que vous la ferez reculer en la fixant dans les yeux, comme un dompteur, insiste Bernanos. Vous n’échapperez pas à sa fascination, à son vertige. Ne la regarde que juste ce qu’il faut, ne la regarde jamais sans prier.

Qui laisse la souffrance lui parler.

La souffrance a son langage, de façon qu’on ne doive pas la prendre au mot, la condamner sur ses paroles, surtout qu’elle blasphème tout, société, famille, patrie, Dieu même. Essayez de comprendre cela ! Un prêtre est comme un médecin, il ne doit pas avoir peur des plaies, du pus, de la sanie. Toutes les plaies de l’âme suppurent. Un prêtre n’a d’attention que pour la souffrance, si elle est vraie.

Conclusion

Le journal d’un curé de campagne dans lequel est tiré ce texte, est l’un des plus touchants et des plus puissants romans chrétiens du siècle dernier. Bernanos a littéralement réussi de créer un ‘’type’’ de prêtre d’un relief inouïe et d’une beauté fascinante. Certes, le prêtre est au-delà de ce que Bernanos décrit dans le journal d’un curé de campagne. Cette figure du prêtre bernanosien pourrait toujours inspirer les jeunes prêtres dès leur entrée en paroisse.


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